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L'Insee voit la croissance au plus haut depuis 2011

Dans sa dernière note de conjoncture, l'institut table sur une hausse du PIB de 1,6% pour cette année, notant que la croissance était désormais solide. Le taux de chômage devrait diminuer, tombant à 9,4% d'ici à la fin de l'année.

Pour ses débuts en tant que président de la République, Emmanuel Macron devrait être le témoin d'une croissance que François Hollande n'a lui jamais connue de 2012 à 2016. C'est en tout cas le scénario que dresse l'Insee ce mardi.

Dans sa dernière note de conjoncture, l'institut des statistiques table sur 1,6% pour l'ensemble de 2017. Un chiffre qui est à la fois supérieur à la prévision de l'ancien gouvernement (1,5%) et à celle d'Emmanuel Macron dans son programme présidentiel (1,4%). Et que la France n'avait plus atteint depuis six ans. Du coup, la France se rapprocherait, dans ce scénario, de la croissance de la zone euro (1,8%) et de sa voisine allemande (1,9%).

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Plus de solidité

Une performance d'autant plus remarquable que le fameux "alignement des astres" (prix du pétrole bas, taux d'emprunts faibles, chute de l'euro), a désormais un impact faible. "Ces stimuli favorables jouent moins. Ils ont néanmoins permis de rétablir la situation financière des ménages et des entreprises et enclenché une dynamique en termes d'emplois. Ce sont des acquis qui permettent désormais d'avoir une croissance plus solide", détaille Vladimir Passeron, chef du département de la conjoncture de l'Insee.

Désormais donc, les ressorts habituels de la croissance prennent le relais. Et cette reprise vigoureuse devrait se poursuivre. "Cette croissance plus solide, nous l'avons déjà constatée, ce n'est pas une prévision. Au quatrième trimestre 2016 et au premier trimestre 2017, on a gagné un cran de croissance. On est désormais sur 0,4-0,5% par trimestre. On pense que l'on peut rester sur ce rythme, les enquêtes de conjoncture nous le disent", assure ainsi Vladimir Passeron.

Rebond des exportations

Voilà donc pour le constat global. Dans le détail, ces bons chiffres s'expliquent aussi, par rapport à 2016, par l'absence des événements "exceptionnels" qui avaient plombé la croissance l'an passé. La production agricole devrait ainsi apporter 0,1 point de PIB là où elle en avait retranché 0,2 point l'an dernier à cause des mauvaises récoltes de céréales. Le tourisme ne devrait plus handicaper la croissance alors qu'il avait pesé pour 0,2 point l'an passé, miné par les attaques terroristes qui avaient fait fuir les visiteurs étrangers.

Par ailleurs, la France va bénéficier du rebond du commerce mondial, lui-même tiré par les pays émergents. Ces derniers vont ainsi voir leurs importations globales augmenter de 8,8% cette année. En conséquence, les exportations françaises, qui avaient flanché au premier trimestre (-0,8%), devraient rebondir (+2,8% sur l'ensemble de 2017). Au final, le commerce extérieur, gros boulet de la croissance ces dernières années, ne lui retrancherait que 0,3% de PIB, soit presque trois fois moins que l'an dernier.

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Sur le plan de la demande intérieure, un motif de satisfaction est de voir que l'investissement des entreprises devrait encore être fort cette année (2,9% après 3,4%). Si l'Insee s'attend à un trou d'air au deuxième trimestre, à cause de la fin de la mesure de suramortissement lancée en 2015 par le gouvernement Valls, il y aurait ensuite un rebond sur la deuxième partie de l'année grâce aux meilleures perspectives de demande pour les entreprises.

Un chômage en baisse

Du côté des ménages, le retour d'une inflation au-dessus de 1% devrait limiter la hausse de leur pouvoir d'achat (l'Insee estime qu'il devrait augmenter de 0,7% par Français cette année, contre 1,3% en 2016). Logiquement, leur consommation ralentirait (1,2% contre 2,1% en 2016). En revanche, les investissements des ménages, c'est-à-dire leurs dépenses dans l'immobilier atteindraient 3,7%, un niveau jamais vu depuis 2006.

Face à cette bonne conjoncture, les créations d'emplois seraient importantes. L'Insee en attend 222.000 cette année contre 250.000 en 2016. La fin de la prime à l'embauche pour les PME, le 30 juin prochain, va toutefois freiner quelque peu ces créations au second semestre.

Logiquement, le chômage va continuer de baisser (voir encadré). L'Insee s'attend à un chiffre de 9,4% sur l'ensemble de la France (Dom compris) contre 9,6% au premier trimestre.

Au final, l'Insee dresse un tableau pour le moins réjouissant. Reste à voir si ses prévisions seront confirmées. Il y a pile un an, l'Insee tablait déjà sur 1,6% de croissance pour 2016, avant que les divers éléments déjà mentionnés ne viennent faire tomber le chiffre à 1,1%. S'il dit rester humble sur ce point, Vladimir Passeron juge néanmoins "qu'il y a moins d'aléas et d'incertitudes par rapport aux précédents exercices (de prévision)".

Une reprise plus riche en emploi

Pendant longtemps, les économistes ont considéré qu'il fallait atteindre 1,5% pour que le chômage baisse. Ce n'est plus le cas. Vladimir Passeron situe désormais ce chiffre à environ 1%. Pourquoi? La réponse est liée à la mécanique du chômage.

Pour que le chômage diminue, la croissance doit générer assez d'emplois pour d'une part absorber la hausse de la population active et d'autre part faire face aux gains de productivité. Ces gains sont effectués lorsqu'une entreprise arrive à produire autant avec moins de ressources. Cela peut être le cas, par exemple, lorsqu'elle achète des machines plus modernes, qui nécessitent moins d'ouvriers pour sa manutention.

Avec le pacte de responsabilité et le CICE, François Hollande a fait baisser le coût du travail des emplois les moins qualifiés, ceux qui sont les plus susceptibles d'être impactés par ces gains de productivité. L'exemple le plus criant est celui des caissières remplacées par les caisses automatiques.

Avec ce coût du travail plus faible, les entreprises ont eu moins d'incitations à moderniser leurs équipements et donc in fine à détruire des emplois. Les gains de productivité baissent, et du coup "la croissance s'enrichit en emploi", explique Vladimir Passeron.