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L’Etat freine les ambitions d’Orano pour la bourse

Le spécialiste de l’uranium essaie de convaincre l’Etat actionnaire de l’introduire en Bourse. Mais le sujet reste trop sensible malgré le redressement de l’entreprise.

C’est un projet trop sensible pour aboutir. Le spécialiste du traitement et du recyclage de l’uranium Orano milite depuis plusieurs mois pour revenir en bourse. Ces derniers mois, il a confirmé ses intentions à son actionnaire, l’Etat (90%), et les formulera de nouveau dans deux semaines lors de la présentation de ses comptes 2020. Son PDG, Philippe Knoche, s’appuie sur le redressement du groupe désormais acté, après le démantèlement d’Areva en 2017 entre Framatome, vendu à EDF, et Orano.

Ses résultats annuels 2020 s’annoncent solides. Malgré la crise, son chiffre d’affaires n’affichera qu’un léger recul, selon une source proche du groupe. Et la génération de cash sera confirmée après celle de 2019. "Il veut qu’Orano se confronte aux marchés pour se développer et pour fixer une discipline financière autre que celle d’une entreprise publique", estime un proche du PDG.

Tournée des investisseurs

A l’automne dernier, la direction d’Orano a fait une tournée des investisseurs pour tester leur intérêt. Selon le groupe, "leur retour a été bon" et quasiment tous sont prêts à miser sur Orano dont le profil financier est considéré comme plutôt sain. L’entreprise qui extrait, traite et recycle l’uranium pour les plus grands électriciens nucléaires du monde se vante d’avoir une dette maitrisée et de ne pas avoir d’investissements lourds dans les années à venir.

Le retour en bourse d’Orano -Areva a été coté entre 2011 et 2017- est une option qui est envisagée depuis trois ans par ses actionnaires, l’Etat et les deux groupes japonais Mitsubishi et JNFL. Ce dernier est une entreprise japonaise qui, comme Orano, développe la technologie du retraitement de l’uranium. Une introduction en Bourse permettrait notamment aux deux industriels de vendre leurs parts de 5% chacun. Mais à ce stade, le dossier n’est pas du tout mûr.

"Orano n'est pas la FDJ"

L’Etat actionnaire est encore loin d’être convaincu par une introduction en bourse d’Orano. D’abord car le sujet est sensible: Orano manipule de l’uranium et en le recyclant, du plutonium. Lors de la mise en bourse d’Areva en 2011, les critiques avaient déjà été vives. Et son parcours boursier a été catastrophique : le Koweit avait notamment investi 600 millions d’euros qu’il a entièrement perdus. L’idée serait d’ouvrir aux marchés une participation minoritaire d’environ 20% qui ne changerait rien au contrôle de l’Etat. Mais "Orano ce n’est pas la FDJ, ironise une source. C’est vraiment une activité risquée. L’Etat n’y est pas opposé en soi mais a autre chose à faire".

Bercy a effectivement d’autres dossiers plus lourds à gérer. La crise de la covid bien sûr mais aussi sur le front industriel. Il est empêtré dans la grande réforme d’EDF dont le discours est de renationaliser le nucléaire. "Expliquer ensuite qu’on va mettre en Bourse l’héritier d’Areva c’est impossible", ajoute une source proche de Bercy. Le timing ne joue pas non plus pour Orano. Impossible de lancer une telle opération à un an de l’élection présidentielle d’autant qu’elle nécessiterait un an de préparation. Et même si le sujet peut être remis sur la table juste après, la cotation n’interviendrait donc pas avant 2023… Son PDG, Philippe Knoche, sait qu’il a engagé un travail de longue haleine.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business