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Trump et les entreprises: celles qu'il a dans le nez, et les autres

Les relations du futur président américain avec les entreprises sont binaires.

Les relations du futur président américain avec les entreprises sont binaires. - Sara D. Davis - Getty - AFP

Le futur président américain, qui a pris l'habitude de fustiger sur la place publique certaines entreprises entretient avec d'autres des rapports plus que cordiaux. Rien de définitif toutefois: celles qui ont le bon goût de céder à ses injonctions peuvent rapidement retrouver grâce à ses yeux.

Le fraîchement élu président américain, lui-même chef d'entreprise, entretient avec celles qui ne lui appartiennent pas des relations binaires. Il y a celles qu'il accuse publiquement de délocaliser leur production et leurs profits, en particulier celles de la Silicon Valley et du secteur de l'automobile. Et il y a celles, beaucoup moins nombreuses, qui semblent partager sa vision de l'économie. Prompt à décrocher son téléphone pour appeler directement les patrons et à raconter aux médias la teneur de leurs discussions, Donald Trump distribue bonnets d'âne et bons points nommément. Et change d'avis en fonction des annonces des unes et des autres. 

Ses moutons noirs

Amazon: Le groupe de Jeff Bezos a particulièrement fait les frais de ses attaques. Pendant la campagne, Trump accusait le fondateur d'Amazon de manipuler l'opinion avec son journal, le Washington Post. Il estime également que le groupe de e-commerce se rend coupable d'abus de position dominante et d'évasion fiscale. "Si je suis élu, ils auront des problèmes, c'est sûr", promettait-il en février dernier.

Apple: La marque à la pomme a fait nommément et régulièrement l'objet d'attaques en règle de Trump alors qu'il était encore candidat. Il s'offusquait notamment que l'iPhone enrichisse surtout des usines chinoises et brésiliennes. Il avait appelé au boycott des produits de la marque lorsque celle-ci refusait de donner des informations sur ses utilisateurs au FBI. Tim Cook, de son côté, soutenait ouvertement Hillary Clinton. Les deux hommes auraient néanmoins eu une conversation téléphonique cordiale après l'élection. 

United Technologies: Trump se vantait début décembre lors d'une visite sur le site de l'entreprise dans l'Indiana d'avoir forcé son patron, qui comptait délocaliser au Mexique, à rester aux États-Unis, sauvant ainsi 1.000 emplois.

Boeing: Le futur président américain a menacé Boeing d'annuler le contrat du nouvel Air Force One, l'avion présidentiel, en raison de coûts qu'il a qualifiés de "hors contrôle". Des propos qui ont brièvement plongé l'action du constructeur aéronautique dans le rouge.

General Motors: Au lendemain de la victoire de Trump à la présidentielle, le constructeur américain a annoncé la suppression de 2.000 emplois aux États-Unis. Ce qui était apparu comme une provocation et une mise en garde envers le magnat de l'immobilier qui n'a cessé de fustiger les destructions de postes dans l'automobile pendant sa campagne. Mardi, nouveau coup de semonce: le futur président américain menace GM de sanctions douanières s'il ne fabrique pas aux États-Unis les voitures qu'il y vend.

Ses chouchoutes

Ford: L'un des principaux constructeurs américains est passé de cible favorite à modèle aux yeux de Trump, après avoir annulé son projet de construction d'une nouvelle usine mexicaine. Début avril, Ford annonçait un investissement de 1,6 milliard de dollars pour y construire un site de production à San Luis Potosi. Ce qui avait déclenché l'ire du candidat républicain. Il avait promis de taxer à 35% tout ce qui était produit au Mexique puis importé aux États-Unis. Finalement, le groupe a renoncé, et mettra la moitié de cette somme, 700 millions d'euros, pour augmenter les capacités de son usine du Michigan. Il maintient bien son projet de construire la Focus au Mexique, mais dans son usine existante de Hermosillo, et pas dans la nouvelle finalement morte-née. Une décision dont le président s'est immédiatement félicité sur Twitter: "Au lieu d'exporter l'emploi et la prospérité, l'Amérique va devenir le plus grand pôle d'attraction de l'innovation et de la création d'emploi au monde". 

Softbank: Donald Trump a affirmé que le PDG du géant japonais des télécommunications SoftBank, Masayoshi Son, était "d'accord" pour investir 50 milliards de dollars aux États-Unis, avec 50.000 emplois à la clé selon lui, dans de jeunes pousses du secteur des hautes technologies.

New Balance: La marque de chaussures de sport avait semblé soutenir Trump durant la présidentielle. En fait, elle regrettait la réduction des droits de douanes sur les importations asiatiques décidées sous Obama, et se réjouissait de l'intention du nouveau président de les augmenter. Le numéro 2 du fabricant avait déclaré à ce propos "l'administration Obama a fait la sourde oreille avec nous et sincèrement, nous pensons qu'avec le nouveau président élu Trump, les choses vont aller dans la bonne direction". De nombreux internautes avaient alors publié des photos et des vidéos dans lesquelles ils se débarrassaient de leur paire de New Balance.

Samsung: L'animosité affichée de Donald Trump envers Apple durant la campagne s'est traduite en incitation à préférer les produits de son concurrent sud-coréen Samsung. Dénonçant les refus d'Apple d'ouvrir des données utilisateurs sécurisées au FBI, le candidat républicain d'alors avait indiqué sur son compte Twitter: "J'utilise à la fois un iPhone et un Samsung. Si Apple ne donne pas d’infos aux autorités, j’utiliserai seulement un Samsung jusqu’à qu’ils le fassent".

Nina Godart