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Pascal Lamy: "le protectionnisme ne marche plus"

Pascal Lamy a appelé à prendre exemple sur l'Allemagne, sur le plateau du Grand Journal.

Pascal Lamy a appelé à prendre exemple sur l'Allemagne, sur le plateau du Grand Journal. - -

Le directeur général de l'OMC était l'invité de BFM Business, ce mardi 28 mai. Il a notamment appelé à ne pas céder aux sirènes du protectionnisme et à prendre exemple sur les pays les plus ouverts, "ceux qui font le plus de croissance et le moins de chômage".

Alors que l'Europe semble amorcer un virage plus protectionniste, Pascal Lamy a lui vanté les mérités du libre-échange. Invité dans l'émission Le Grand Journal d'Hedwige Chevrillon,ce mardi 28 mai, le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui quittera ses fonctions le 1er septembre prochain, a été, d'émblée, clair: "le protectionnisme ça ne marche plus".

Pascal Lamy est ensuite revenu sur plusieurs dossiers importants, au niveau de l'Union européenne comme en France.

> Les tensions Chine-UE "ne sont pas une guerre commerciale"

Bruxelles a récemment envisagé plusieurs mesures sanctionnant la Chine. La Commission européenne prévoit ainsi de taxer les importations de panneaux solaires chinois et a ouvert des enquêtes sur les équipementiers télécoms ZTE et Huawei. Ce qui a provoqué l'ire de Pékin, qui a riposté en lançant une procédure anti-dumping contre des chimistes européens.

Pour Pascal Lamy, il s'agit de "tensions, de disputes" mais "pas d"une guerre commerciale". "Depuis que nous avons un système qui réglemente le commerce mondial et qui est capable de dire rapidement qui a tort et qui a raison, il n'y a plus de guerre".

L'Allemagne, elle, refuse d'approuver les sanctions prévues par Bruxelles, se démarquant de la France. Interrogé sur ce sujet, Pascal Lamy a rappelé que "l'Europe n'est pas une ligne unique au départ de tout le monde, l'Europe consiste à se mettre d'accord en matière de politique commerciale". Pascal Lamy a aussi souligné que l'Europe se défend, commercialement autant que les Etats-Unis, le Japon, le Canada", c’est-à-dire des économies comparables. En conséquence, "l'idée qui consiste à dire que l'Europe" se laisse faire et "est l'idiot du village" ne "tient pas la route".

> La France "a un vrai problème de compétitivité"

Concernant la situation de l'économie française Pascal Lamy n'y est pas allé par quatre chemins: "La France a un vrai problème de compétitivité, ce depuis 10 ou 15 ans". Il a jugé que ce problème est avant tout "une affaire de réformes", rejoignant dans ce diagnostic, la Commission européenne, le FMI, l'OCDE ou encore les agences de notation.

"Les Français l'ont compris, la question est maintenant de savoir quelle est la bonne dose de réformes à prendre et surtout sur quel calendrier" a-t-il ajouté. "Je pense que l'essentiel c'est le calendrier" a-t-il insisté.

> Prendre exemple sur les pays les plus ouverts

S'il a bien évité de tacler à nouveau Arnaud Montebourg, Pascal Lamy a affirmé avec véhémence son refus du protectionnisme. "Le protectionnisme de papa qui consiste à penser qu'on peut se protéger aux frontières et qu'on ira ainsi mieux n'a plus de sens. Les meilleurs pays à l'importation sont les meilleurs à l'exportation. On est dans un monde qui s'intègre", a-t-il déclaré.

Le directeur général de l'OMC a ensuite appelé "à prendre exemple sur ce qui marche, plutôt que sur ce qui ne marche pas".

Il a ainsi souligné "que les pays qui ont le moins de chômage et ceux qui font le plus de croissance sont ceux qui sont le plus branché sur les chaînes de production internationales, à commencer par un certain voisin français". On devine aisément que Pascal Lamy faisait référence à l'Allemagne.

> L'accord UE-Etats-Unis fait face à de nombreux obstacles

L'Union européenne et les Etats-Unis sont actuellement en train de négocier un accord de libre-échange. Les discussions butent notamment sur "l'exception culturelle", chère à la France. Sur ce sujet, Pascal Lamy a rappelé que "le traité européen dit que si une mesure de politique commerciale met en danger la diversité culturelle, alors un pays peut la bloquer. Ce n'est pas un opinion c'est le traité, soit l'équivalent d'une constitution européenne".

Pascal Lamy a surtout fait remarquer que ce futur accord fait face à d'autres obstacles: les normes de sécurité s'appliquant aux différents produits. "Les Etats-Unis et l'Europe ont une approche complètement différente du risque. Si vous voulez ouvrir complètement le commerce entre ces deux zones, il va falloir harmoniser 80 à 90% des normes de précaution", a détaillé Pascal Lamy.

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Julien Marion