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Les mesures désespérées de l'Inde pour enrayer la chute de sa roupie

L'Inde perd de sa vitalité économique

L'Inde perd de sa vitalité économique - -

La roupie a perdu près de 20% de sa valeur depuis le 1er janvier. La Banque de réserve d'Inde a annoncé des mesures pour tenter de stopper ce repli. Mais rien ne semble réellement fonctionner.

Le gouvernement indien est acculé. La roupie a perdu près d'un quart de sa valeur depuis le 1er janvier 2013. Si fin 2012, elle valait encore 55 roupies pour un dollar, elle ne vaut plus que 67 roupies pour un dollar aujourd'hui. Il tente donc le tout pour le tout pour stopper cette chute.

Hier, mercredi 28 août, la Banque de réserve d'Inde a annoncé une énième mesure pour stabiliser la devise. Elle va fournir des dollars directement aux compagnies pétrolières, via un établissement séparé, afin de calmer la volatilité sur le marché des changes. Les compagnies pétrolières nationales sont les principaux acheteurs de dollars sur le marché.

La Banque et le gouvernement ont annoncé, ces dernières semaines plusieurs mesures pour enrayer la chute de la roupie, mais sans effet tangible pour le moment. Hausse des droits de douane pour limiter les importations d'or, dont les Indiens sont friands, émissions d'obligations "quasi-souveraines" pour permettre aux sociétés étrangères de lever des capitaux à l'étranger et soutenir ainsi la croissance, restrictions sur les sorties de capitaux pour les particuliers et les entreprises.

Mi-août, le Premier ministre Manmohan Singh a tenté de calmer les esprits en assurant ne pas redouter une répétition de la crise de 1991, lorsque le pays avait été à deux doigts de faire défaut sur sa dette. Il a rappelé que les réserves en devises étrangères ne représentaient alors que 15 jours d'encours de paiements. "Aujourd'hui nous avons de six à sept mois. Il n'y a donc pas de comparaison", a-t-il affirmé.

Multiples raisons

Les raisons de la chute de la roupie sont diverses. Certaines n'ont rien à voir avec l'Inde. Les devises des grands pays émergents connaissent actuellement des accès de faiblesse en raison d'un départ des capitaux étrangers vers les Etats-Unis, où la croissance et les taux devraient remonter. La roupie pâtit de l'annonce par la Réserve fédérale américaine (Fed) d'un prochain ralentissement de ses achats d'actifs, qui alimente des mouvements de sortie de capitaux hors des pays émergents, dont l'Inde.

La poussée de fièvre des cours du brut en début de semaine, en raison de l'éventualité d'une frappe militaire des Occidentaux en Syrie, a également accéléré la chute de la devise indienne. Une hausse continue des cours du brut va encore augmenter la facture pétrolière du pays, dont le déficit commercial est déjà élevé, soulignent les analystes.

Mais plusieurs facteurs sont propres au pays: une croissance en berne (5% pour l'année budgétaire 2012/13, soit le taux le plus faible depuis dix ans), un agenda de réformes économiques quasiment au point mort, et un déficit courant au plus haut. De plus, avec les élections prévues pour mai 2014, les économistes estiment que le gouvernement ne prendra pas de réformes décisives pour sortir l'économie de sa torpeur. "Je pense que nous sommes en train d'entrer dans une phase de crise. Lentement mais sûrement", soupire Param Sarma, du cabinet de consultants NSP Forex.

Une corruption omniprésente

De plus, le pays doit faire face à une corruption endémique. Le plan d'aide alimentaire voté par le parlement indien, le plus vaste au monde jamais mis en place, s'appuie sur des centaines de milliers d'échoppes qui distribuent riz et blé. Mais ses critiques doutent de son efficacité à cause de la corruption.

Le parlement a adopté en début de semaine un plan de 230 milliards de roupies (3,8 milliards de dollars), destiné à fournir des céréales subventionnées à près de 70% de la population, soit 810 millions de personnes. Ajouté aux précédentes mesures, l'aide alimentaire dispensée par le gouvernement se chiffre à 19 milliards de dollars par an.

Les critiques du nouveau plan le juge populiste, soulignant qu'il intervient quelques mois avant les élections générales du printemps 2014. Et doutent surtout de son efficacité. Selon une étude gouvernementale de 2005, toujours largement commentée, 58% des céréales distribuées dans le cadre du Système public de distribution (PDS) ne parviennent pas à leurs destinataires.

Pourtant, les prix des denrées ont flambé ces sept dernières années, aggravant les difficultés d'un pays qui lutte toujours pour nourrir correctement sa population de 1,2 milliard, en dépit de son solide essor économique depuis une vingtaine d'années.

Autre exemple, le gouvernement a donné son feu vert, mardi 27 août, au lancement de 36 projets d'infrastructure pour plus de 27 milliards de dollars. Il a promis d’investir mille milliards de dollars dans les routes, les ports et autres infrastructures jusqu’en 2017, el réseau de transport indien nuisant à l'industrialisation du pays. En mai, le ministre des Chemins de fer a été jugé dans une affaire de corruption gigantesque de plusieurs milliards d'euros.

Diane Lacaze