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La vague du coronavirus entraînera un chômage de masse dans son sillage à travers le globe

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Dans les pays comme l'Espagne et les Etats-Unis qui n'ont pas mis en place de dispositif de chômage partiel financé par l'Etat, les destructions d'emplois atteignent des niveaux records.

C'est un coup d'arrêt sans précédent. Alors que la zone euro semblait sortir du chômage de masse (avec un taux à 7,4%) et que les Etats-Unis confirmaient mois après mois leur ancrage dans le plein emploi (3,5%), l'épidémie de coronavirus et le confinement généralisé de l'économie ont immédiatement cassé cette dynamique. Avec une violence extrême.

Ainsi, dans les pays comme l'Espagne et les Etats-Unis qui n'ont pas mis en place de dispositif de chômage partiel financé par l'Etat comme en France, les destructions d'emplois atteignent des niveaux records.

L'Espagne a enregistré en mars 302.265 nouveaux demandeurs d'emploi, a annoncé jeudi le ministère du Travail. Selon la presse espagnole, cette hausse est la plus forte jamais observée dans les statistiques du chômage. Sur les douze premiers jours du mois, avant les mesures strictes de confinement, seuls 2.857 nouveaux chômeurs avaient été enregistrés.

Hausse historique des demandeurs d'emplois en Espagne

Le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de plus de 9%, à la fois par rapport au mois de février et par rapport au mois de mars 2019. Le secteur des services paie le plus lourd tribut, avec 206.016 chômeurs supplémentaires, dans un pays où le tourisme représente 12% du PIB, avec un large recours aux contrats temporaires. La pandémie de coronavirus "a changé la tendance d'évolution du chômage pour le mois de mars", se désole le ministère. 

Rappelons que l'Espagne affiche le taux de chômage le plus élevé de la zone euro après la Grèce, à 13,8%. Un taux qui avait fortement réduit ces dernières années. Aux Etats-Unis, les chiffres sont encore plus violents. La semaine dernière, les Etats-Unis ont recensé 3,3 millions de nouveaux demandeurs d'allocations chômage, du jamais vu.

Avant-goût

Le secteur du commerce et du transport a perdu le plus d'emplois (-37.000). Autre secteur très pénalisé, celui des loisirs et de l'hébergement, qui a perdu 11.000 emplois. La construction a également souffert, avec 16.000 emplois supprimés. Le secteur privé a cessé en mars de créer des emplois. Cela n'était arrivé qu'une fois en près de 10 ans, depuis que l'économie américaine avait réussi à reprendre son souffle après la grande crise de 2008.

Et ce n'est qu'un avant-goût. Ce sont ainsi entre 2,8 et 5 millions de nouveaux demandeurs d'allocations chômage, selon les estimations, qui devraient être annoncés ce jeudi. En avril, "la masse salariale devrait baisser de 10 millions et plus", prévient Ian Shepherdson, chef économiste chez Pantheon Macroeconomics.

"L'arrêt brutal de l'activité économique à cause de la crise du coronavirus a conduit à une vague de licenciements sans précédent de la part des employeurs américains", notent les analystes d'Oxford Economics.

Vers un chômage de 12% aux Etats-Unis contre 3,5% en début d'année?

Ainsi, le taux de chômage du mois de mars, qui sera connu vendredi, est attendu par les analystes à 4%, alors qu'il était tombé en février à son niveau le plus bas depuis 50 ans, 3,5%. Mais "les 3,3 millions de demandes de chômage initiales annoncées jeudi dernier suggèrent que le taux de chômage a peut-être déjà atteint un pic de 5,5%", a relevé l'ancienne présidente de la Fed Janet Yellen lundi, lors d'une conférence organisée par la Brookings Institution.

Le rapport attendu vendredi ne fera pas état d'une telle hausse "car il est réalisé sur des données antérieures, mais le chômage augmentera sûrement beaucoup", avait-elle ajouté. Le président américain, Donald Trump, a dressé un sombre portrait des jours à venir, affirmant mardi soir que les deux prochaines semaines seraient "très, très douloureuses". 

La courbe du chômage devrait continuer son ascension exponentielle. Pour avril, les experts d'Oxford Economics anticipent un chômage "aux alentours de 12%", avec des "pertes d'emplois (qui) pourraient dépasser les 20 millions". Ils prévoient que la pénurie d'emplois se poursuivra jusqu'en 2021.

En France, pour le moment la vague est contenue avec le dispositif de chômage partiel financé par l'Etat qui concerne à ce jour 4 millions de personnes, soit un salarié sur 5. De quoi éviter les licenciements... mais qu'en sera-t-il si l'arrêt partiel de l'économie se prolonge au-delà d'un mois?

Olivier Chicheportiche avec AFP