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La Fed relève les taux d'intérêt pour éviter la surchauffe

La politique monétaire de la Fed n'est plus considérée comme « accommodante ».

La politique monétaire de la Fed n'est plus considérée comme « accommodante ». - MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

La Réserve fédérale américaine a légèrement relevé ses taux d'intérêts mercredi, pour la troisième fois de l'année, insistant sur le dynamisme de la première économie mondiale, avec l'objectif d'éviter la surchauffe d'une économie en pleine forme jusqu'ici, malgré la guerre commerciale.

La décision a confirmé les anticipations. Les taux américains, augmentés d'un quart de point de pourcentage, sont portés dans la fourchette de 2% à 2,25%, leur plus haut niveau depuis dix ans, à la veille de la crise financière.

La Fed prévoit toujours d'augmenter ses taux encore une fois en 2018 et trois fois en 2019, selon un communiqué du comité monétaire, publié à l'issue d'une réunion de deux jours.

Guerre commerciale : « inquiétudes grandissantes"

Le président de la Fed, Jerome Powell s'est fait l'écho, lors d'une conférence de presse, d'« inquiétudes grandissantes de la part des entreprises » du pays, quant aux effets de la guerre commerciale avec la Chine sur leur activité. Il a notamment cité des craintes concernant les chaînes d'approvisionnement, l'accroissement des coûts ou encore des pertes de marché, en ajoutant que la Fed s'inquiète de la « perte de confiance des entreprises qui réduit les investissements ». Jusqu'ici, M. Powell avait évité de polémiquer sur les bienfaits ou non des tarifs douaniers mais en juillet, il avait souligné que si des droits de douane élevés s'installaient « sur une longue période, ce serait mauvais pour l'économie » des Etats-Unis et « des autres pays ».

Le politique de la Fed n'est plus « accommodante »

Pour la première fois depuis 2011, la Fed ne qualifie plus sa politique monétaire comme étant « accommodante », ce qui était synonyme d'une politique monétaire à bas taux dans l'optique de soutenir la reprise. Elle n'a toutefois pas encore choisi comment caractériser sa nouvelle approche. Les marchés financiers avaient largement anticipé cette troisième hausse des taux au jour le jour. La Bourse de New York a légèrement progressé et le dollar a un peu fléchi face à l'euro après l'annonce.

La Banque centrale a en outre révisé en nette hausse sa prévision de croissance pour cette année aux Etats-Unis, mais a laissé inchangée son estimation d'inflation. Elle table désormais sur une croissance du Produit intérieur brut (PIB) de 3,1%, contre 2,8% anticipés en juin. L'inflation devrait, elle, accélérer à 2,1%, comme estimé en juin.

Sur le front de l'emploi, le taux de chômage devrait s'établir à 3,7% (+0,1 point) avant de diminuer à 3,5% en 2019 et 2020.

« Rythme vigoureux » de l'activité économique

Les informations reçues depuis la réunion d'août « indiquent que le marché du travail a continué de se renforcer et que l'activité économique a progressé à un rythme vigoureux », ont noté les membres du Comité monétaire. « Les gains en terme d'emplois ont été importants en moyenne ces derniers mois et le taux de chômage est resté bas », ont-ils ajouté.

Ils ont observé en outre que la croissance des dépenses des ménages, traditionnelle locomotive de la croissance américaine, et les investissements des entreprises se sont accrus « fortement » tandis que l'inflation demeure proche de la cible des 2% que la Fed estime favorable à l'économie.

Pour 2019, la croissance du PIB devrait ralentir à 2,5% même si ce taux est légèrement supérieur aux prévisions de juin (+0,1 point). Dans le même temps, l'inflation sera moins forte que prévu à 2,0% (-0,1 point).

Premières prévisions pour 2021

Pour la première fois, la Fed publie en outre des prévisions pour 2021. La banque centrale s'attend à une hausse du PIB de 1,8% et une inflation de 2,1%. Le communiqué du comité monétaire ne mentionnait pas les risques liés à la guerre commerciale entre Etats-Unis et Chine.

L'administration Trump a infligé depuis lundi des tarifs douaniers supplémentaires sur 200 milliards de dollars de produits chinois, un peu moins de la moitié des importations chinoises aux Etats-Unis. La Chine a répliqué avec des taxes sur 60 milliards de dollars de produits made-in-USA. L'escalade du bras de fer commercial apparaît, aux yeux de certains économistes, comme le risque à la baisse le plus important pour l'économie américaine.

Depuis la précédente réunion du Comité monétaire (FOMC), la croissance, toujours dopée par le stimulus budgétaire (réductions d'impôts et augmentation de dépenses), a poursuivi une cadence soutenue, probablement au-dessus de 3% au troisième trimestre en rythme annuel après s'être affichée à 4,2% d'avril à juin. Le taux de chômage est proche de son plus bas niveau en près de 20 ans à 3,9% et l'inflation a lentement franchi la cible de 2% de la Fed à 2,3%, un sommet en six ans, selon l'indice PCE, l'indice des prix basé sur les dépenses de consommation.

La rédaction avec AFP