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La crise ukrainienne pourrait bénéficier à l'agriculture française

Un champ de blé à Berezhany dans l'ouest de l'Ukraine.

Un champ de blé à Berezhany dans l'ouest de l'Ukraine. - -

Les évènements politiques en Ukraine, un des greniers à grain du monde, font peser des tensions sur le marché des céréales. Si l'incertitude persistait, les cours pourraient flamber durablement. Au profit des céréaliers français.

La crise politique ukrainienne secoue les places financières mondiales, les monnaies, les relations économiques entre parties prenantes au dossier. Mais aussi le cours des céréales. Et pour cause: l'Ukraine figure parmi les premiers exportateurs mondiaux, en troisième position pour le maïs, et sixième pour le blé.

Après avoir bondi en début de journée, lundi 3 mars, les prix de ces denrées se détendent ce mardi 4 mars. Mais la flambée des cours, uniquement dû à un effet psychologique, pourrait reprendre si l'incertitude géopolitique persistait. Cette fois basée sur des fondamentaux de marchés.

"Aujourd'hui, l'Ukraine n'est pas en avance dans ses exportations", explique François Luguenot, responsable analyse des marchés chez Invivo. Elle a exporté 6 millions de tonnes de blé. Il lui en reste 3 disponibles à exporter. Sur le maïs, elle en est à 13 millions de tonnes. En somme, "il lui reste un tiers de son 'disponible exportable' à envoyer à ses clients", détaille l'analyste.

La production française davantage sollicitée

Premier facteur de tension: "la chute de la monnaie ukrainienne de 10% se ressent sur les producteurs. Ils hésitent à vendre leurs stocks dans ce contexte de change", constate Claude Georgelet, responsable des marchés agricoles chez AgritechTrade.

Ensuite, à court terme, le chargement des bateaux céréaliers pourrait devenir délicat. Si par exemple les trains n'arrivaient plus jusqu'aux quais de chargement, si la main d'œuvre venait à manquer du fait de la mobilisation des réservistes, ou si envoyer des céréaliers dans les ports ukrainiens devenait dangereux.

Il faudrait alors trouver 3 millions de tonnes de blé d'ici juin ailleurs. "Il ne serait pas difficile de les faire venir d'Europe, des Etats-Unis, pourquoi pas même d'Inde ou du Canada", souligne François Luguenot. Mais importer de plus loin coûterait plus cher, note-t-il.

Sur le maïs, l'arrêt des exportations ukrainiennes serait "beaucoup plus perturbant pour l'Europe", met en garde l'analyste d'Invivo. Il "faudrait solliciter davantage le bilan français, qui en a bien besoin", reprend François Luguenot.

Les ventes de semences aux paysans ukrainiens très en retard

Le prix de la céréale jaune en serait automatiquement impacté, ce qui réduirait sa compétitivité pour servir de nourriture animale. Pour alimenter le bétail, les éleveurs européens devraient se reporter sur le blé, déjà en tension lui aussi.

Autre risque, à long terme cette fois, sur les semis de printemps. Ils concernent "le maïs, l'orge, le tournesol", précise François Luguenot. Déjà, des entreprises françaises qui vendent des semences de maïs en Ukraine constatent que leurs ventes aux agriculteurs du pays sont "très en retard", poursuit-il. En cause: "un manque de visibilité d'une part, un manque de financement de l'autre".

Imaginons que la main d'œuvre, sollicitée pour défendre les frontières, se fasse rare, tout comme le carburant, siphonné par les besoins de l'armée. "Alors l'Ukraine ne pourrait pas semer toutes les surfaces prévues, ni, à terme, satisfaire intégralement les besoins des importateurs", indique François Luguenot.

Reste à espérer un apaisement rapide de la situation. Selon le spécialiste, "la hausse de prix pourrait se dégonfler aussi vite qu'elle a commencé si la crise prenait fin".

Nina Godart