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L'OCDE décerne un satisfecit nuancé au Japon

Le président de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda

Le président de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda - -

L'institution internationale a, ce mardi 23 avril, donné raison à la politique monétaire de la Banque centrale japonaise, qui a décidé de mener une offensive contre la déflation. Mais l'OCDE met également en garde le pays sur le niveau de sa dette.

L'OCDE donne raison à l'offensive anti-déflation menée par la Banque du Japon et son président, Haruhiko Kuroda. Ce mardi 23 avril, l'organisme a ainsi souligné dans un rapport que le Japon doit "en finir avec la déflation" qui ronge le pays depuis près de 15 ans, "et stimuler le potentiel de croissance".

Dans ce but,"le nouvel engagement de la Banque du Japon d'atteindre un objectif d'inflation de 2% et ses mesures d'assouplissement monétaire quantitatif et qualitatif sont bienvenus".

La Banque du Japon (BoJ) a, depuis le 4 avril dernier, adopté une politique monétaire des plus agressives pour lutter contre la baisse des prix. Elle cible ainsi une inflation à 2% d'ici à 2015, alors que les prix ont encore chuté de 0,3% sur un an au mois de février.

Une action risquée

Pour y arriver, la BoJ va procéder à de gigantesques rachats de titres financiers sur les marchés. Elle compte, par exemple, doubler en deux ans le montant de global des obligations d'Etat japonais qui figure dans son bilan. Au total, la monnaie circulant dans l'économie,devra augmenter de 500 à 580 milliards d'euros par an.

L'institution japonaise espère qu'en fournissant un tel montant de liquidités, elle relancera le crédit et parviendra, via le retour de la confiance, à "changer les anticipations du secteur privé, entreprise comme ménages", expliquait Guillaume Menuet , économiste chez Citigroup, sur BFM Business, le 9 avril dernier.

Mais le pari pris par le Japon comporte aussi son lot de risques. L'un d'entre eux est diplomatique. En opérant ces grandes manœuvres, la BoJ favorise la baisse du yen. "Un assouplissement monétaire fort va stimuler la croissance et l'inflation, en partie grâce à l'affaiblissement du yen, bien que le Japon ne vise pas à agir sur le taux de change", rappelle d'ailleurs l'OCDE à ce titre.

Or, cette action a suscité des critiques. En janvier, la chancelière allemande Angela Merkel s'était déjà dite "préoccupée" par la politique monétaire du Japon et son impact sur les taux de changes.

Un dette à plus de 200% du PIB

Ensuite, il n'est pas dit que l'action de la Banque du Japon porte ses fruits. Dans une étude publiée le 9 avril dernier, les économistes de Natixis doutent que les moyens employés par la BoJ puissent effectivement juguler la déflation.

Enfin, l'action de la banque centrale s'accompagne, en parallèle, d'un "programme choc pour la relance", comme le qualifie une note de Raymond Van Putten, économiste chez BNP Paribas. Or, ce programme, de près de 90 milliards d'euros, est pour moitié financé par de la dette, quand l'OCDE pointe justement la nécessité pour Tokyo d'assainir ses finances publiques.

"Arrêter et inverser la progression du ratio de la dette sur le PIB est crucial", insiste ainsi l'institution, alors que la dette japonaise représente désormais plus de 200% du PIB.

Julien Marion