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L'Arabie saoudite veut créer "le meilleur endroit où vivre dans le monde"

Le prince Mohammed ben Salmane promet la création d'une mégalopole grande comme deux fois l'Île-de-France. Un investissement de 500 milliards de dollars.

Mohammed ben Salmane a levé le voile sur son projet pharaonique. Lors d'une conférence de presse, le monarque a annoncé son intention de créer une mégalopole sur un site désertique de 26.000 km² (soit environ deux fois l'Île-de-France) situé dans le nord-ouest du pays, au bord de la mer Rouge, face à l'Égypte.

Nom de code de ce projet révolutionnaire: NEOM. Cette ville devra notamment offrir des conditions de vie inédites dans le royaume, la vidéo promotionnelle montrant par exemple des femmes faisant leur jogging en collant. De fait, les promoteurs de NEOM ne manquent pas d'ambition. Ils veulent tout simplement bâtir "le meilleur endroit où vivre dans le monde" en faisant de l'Arabie saoudite un "hub" économique culturel et géographique entre les continents.

Un objectif qui implique de gros moyens financiers: 500 milliards de dollars, soit l'équivalent de quatre années d'exportations pétrolières du royaume. Ce projet piloté par Klaus Kleinfeld, l'ex-PDG de Siemens et d'Alcoa prévoit de s'appuyer sur le financement du gouvernement saoudien, du fonds d'investissement public de l'Arabie saoudite mais aussi d'investisseurs privés.

L'internet qui devient un bien gratuit

Neuf secteurs et domaines clefs sont censés constituer les axes de développement de cette ville: l'énergie, l'eau, la mobilité, les biotechnologies, l'alimentation, les technologies digitales, les médias, le divertissement et les nouveaux processus manufacturiers. "En se concentrant sur ces secteurs nous stimulerons la croissance économique et notre diversification en alimentant l'innovation internationale et la production et en soutenant la création locale d'emploi ainsi que la croissance du royaume", a affirmé Mohammed ben Salmane cité dans un communiqué.

Le prince héritier livre par ailleurs sa vision de cette véritable cité du futur où l'internet sans fil à haut débit serait gratuit, devenant ainsi un bien public, tout comme l'éducation, qui serait dispensée en ligne. Les habitants vivraient dans des immeubles n'émettant aucun gaz à effet de serre et la ville serait uniquement alimentée par des énergies renouvelables. Les transports seraient complètement automatisés, avec notamment des drones transportant des passagers. "Tout ceci permettrait une nouvelle façon de vivre qui prendrait à la fois en compte les aspirations et les ambitions de l'humanité avec les meilleures technologies et d'incroyables perspectives économiques", se réjouit le prince qui veut moderniser en profondeur le royaume.

Le communiqué va même jusqu'à indiquer qu'une très grande partie des tâches du quotidien serait automatisée via des robots (qui devraient être plus nombreux que les humains), si bien que la ville, qui serait avant tout peuplée de personnes "aux compétences uniques", serait susceptible d'avoir "le PIB par habitant le plus élevé au monde" (bonne chance pour détrôner Monaco et ses 187.649 dollars par habitant en 2014).

"Bienvenue à Gattaca"

Steffen Hertog, un professeur à London School of Economics et spécialiste de l'Arabie Saoudite souligne auprès de Bloomberg que ce projet "ressemble fortement au concept des "free zones" (zones franches, NDLR) qu'avait créé Dubaï et qui en plus d'avoir des exonérations fiscales possèdent leurs propres lois et régulations, opérant ainsi séparément du reste de l'État".

Reste que ce projet a déjà ses détracteurs. "On vient de voir bienvenue à Gattaca" raille ainsi un dirigeant français présent lors de la conférence et cité par les Échos.

Ce projet s'inscrit dans la fameuse "Vision 2030", que Mohammed ben Salmane avait présentée en juin 2016. Il s'agissait alors d'un plan devant permettre la transformation de l'économie saoudienne pour la rendre moins dépendante du pétrole et des évolutions du baril de brut.

En avril dernier, le prince saoudien avait déjà dévoilé un gigantesque projet pour attirer les touristes, à savoir une cité du divertissement trois fois plus grande que Paris, dont la première pierre doit être posée l'an prochain.

J.M.