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Japon: Shinzo Abe en passe de gagner la bataille contre la déflation

Le gouvernement japonais marque un point avec l'inflation qui progresse, mais si les salaires n'augmentent pas, la consommation ne pourra pas se maintenir.

Le gouvernement japonais marque un point avec l'inflation qui progresse, mais si les salaires n'augmentent pas, la consommation ne pourra pas se maintenir. - -

L'inflation au Japon a progressé de 0,5% au mois d'octobre et les prix à la consommation ont augmenté, selon les chiffres parus ce 29 novembre. Une bataille de gagnée pour le Premier ministre nippon, mais une bataille seulement.

Un succès pour le gouvernement de Shinzo Abe dans sa lutte contre la déflation, considérée comme un symptôme de la stagnation économique. Selon les données publiées par Tokyo, ce vendredi 29 novembre, l'inflation a augmenté de 0,5% en octobre, et les prix au détail, hors produits périssables, de 0,9% sur un an. Pour le pays qui veut atteindre une hausse des prix de 2% d'ici deux ans, c'est un signe très positif.

Certes, cette hausse est notamment tirée par la hausse des prix de l'énergie. Elle atteint 7% sur un an, en raison de la faiblesse du yen qui fait automatiquement grimper les coûts d'importation des carburants et du gaz.

La consommation pourrait plonger en avril

Pour autant, sans compter l'alimentation et l'énergie, la hausse des prix est quand même de 0,3%, alors que ce taux n'avait plus été positif depuis octobre 2008. Pour Raymond Van Der Putten, économiste chez BNP Paribas, "l'augmentation des prix à l'importation a une influence sur les prix à l'intérieur du Japon".

Pour faire repartir l'économie japonaise, en berne depuis une dizaine d'années, et mettre un frein à la déflation galopante qui sévit depuis encore plus longtemps, le Premier ministre japonais a mis au point les "abenomics". Sa théorie: les prix trop bas empêchent les entreprises d'investir car elles craignent de ne pas vendre le fruit de leur investissement assez cher pour le rentabiliser. C'est pourquoi il faut faire remonter ces prix tout en augmentant le pouvoir d'achat des Japonais.

Mais c'est là que sa stratégie cale. Si les prix augmentent enfin, "les salaires ne progressent pas", souligne Raymond Van Der Putten. Pire, "ils sont moins élevés aujourd'hui qu'il y a un an", ajoute-t-il. Dès lors, selon lui, la victoire de Shinzo Abe sera éphémère, et "la consommation pourrait plonger dès avril 2014", au moment où l'augmentation de la TVA votée par le gouvernement entrera en vigueur.

Une augmentation des salaires indispensable

A ce moment-là, le gouvernement ne pourra plus compter sur la Banque du Japon (BoJ) qui, sous sa pression, a déjà considérablement assoupli sa politique monétaire depuis avril. Avec un taux directeur à zero, ses marges de manœuvre sont de fait limitées. Elle pourra seulement racheter des actifs pour remettre un peu de liquidités dans le système.

Le vrai défi pour relancer la demande intérieure serait que les entreprises acceptent majoritairement d'augmenter des salaires. Dans la perspective de "l'offensive du printemps", ces négociations annuelles sur les salaires entre syndicats et patronat prévues en février, Shinzo Abe multiplie les entrevues avec les membres du Medef japonais.

Le secteur de la distribution, dont les résultats dépendent directement de la bonne tenue de la consommation, s'est dit prêt à augmenter les salaires. Mais les industries exportatrices, "qui viennent juste de regagner leurs marges grâce à la dépréciation du yen", souligne l'économiste de BNP Paribas, s'y opposent d'ores et déjà.

Nina Godart