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Est-ce la fin de l'âge d'or pour les pays émergents?

Les pays émergents sont en perte de vitesse

Les pays émergents sont en perte de vitesse - -

La croissance de la Chine, de l'Inde ou du Brésil, connaît une importante phase de ralentissement, entraînant avec eux la croissance mondiale. Est-ce la fin du miracle économique pour les fameux "Bric"?

Les champions de la croissance commencent à fatiguer. La Chine, l'Inde, le Brésil ou encore la Russie, les fameux "BRIC", connaissent actuellement un ralentissement prononcée de leurs croissance. En témoigne les performances boursières: depuis le début de l'année, les principaux indices dans ces pays connaissent des chutes allant de 1% (Inde) à 20% (Brésil), alors que les bourses occidentales n'en finissent plus de battre des records.

Le FMI a pris acte de ce qui pourrait constituer une nouvelle donne. Le 9 juillet dernier, le fonds a estimé que la croissance des pays émergents s'élèverait à 5% cette année, contre plus de 6% en 2011. Or, au début des années 2000, les principaux pays émergents affichaient une croissance qui dépassait largement les deux chiffres. Les économistes de Natixis parlent d'une "crise de croissance", et, dans une tribune publié le 22 juillet dernier dans les Echos, le célèbre économiste Nouriel Roubini, évoque la possible "fin d'un miracle économique".Plusieurs causes structurelles justifient ces inquiétudes, avec toutefois des différences selon les pays.

Photos: Chine: Daderot - CC - Flickr Inde: Yann- CC - Flickr Brési:Edurado P - CC-Wikimedia Commons Russie: IntelFreePress - CC- Wikimedia Commons

> La Chine vers une transition douloureuse

=> Croissance 2007 : 14,2% (Banque mondiale) 2013; 7,5% (prévision FMI)

Après une décennie quasi-interrompue de croissance à deux chiffres, la Chine, voit son PIB progresser à un rythme plus modéré (7,8% en 2012 et 7,5% visé par le gouvernement cette année). "L'administration chinoise se concentre sur la qualité et plutôt que sur le rythme de la croissance", explique Dominic Wilson, chef économiste chez Goldman Sachs, dans une vidéo du 19 juillet.

Le pays enclenche actuellement la mue de son modèle économique, passant d'un système fondé sur l'investissement et les exportations, à une économie davantage tirée par la consommation intérieure.

Mais la transition est douloureuse. La demande des ménages est faible, et, comme le note une étude de l'ambassade de France, le développement de la consommation est pénalisé par des infrastructures de distribution insuffisante en zone rurale. De plus, les industries à haute valeur ajoutée peine à émerger, l'accès au crédit demeure limité, et la main-d'œuvre va se réduire en raison du vieillissement de la population. La Chine se dirige vraisemblablement vers un ralentissement durable de sa croissance.

> L'Inde plombée par son système éducatif

Croissance -2007: 9,8% -2013: 5,6% (prévision FMI)

L'Inde s'apprête à revivre une année de croissance terne. Le pays asiatique actuellement pénalisée par la chute de la roupie face au dollar (-12% depuis le début de l'année), qui renchérit les importations, pose des problèmes aux entreprises du pays qui se financent dans des devises étrangères et surtout risque de faire flamber les prix, l'inflation ayant dépassé les 7% l'année dernière.

Au-delà de cet effet à court terme, l'Inde a d'autres handicaps qui risquent d'affaiblir sa croissance sur les prochaines années. Les infrastructures sont déficientes, le pays connaissant de régulières coupures d'électricité géantes. De plus, si une partie de la population a un fort degré d'éducation, le pays compte 38% d'illettrés, selon Natixis. Ce manque de qualification de la main d'œuvre, "limite la progression de l'activité, d'où perte de compétitivité, niveau de taux d'intérêt élevé", écrivent les économistes de la banque.

> Le Brésil face à l'inflation

=> Croissance - 2007: 6,1% - 2013 : 2,5% (prévision FMI)

Sur bien des points, les maux brésilien ressemblent à ceux de l'Inde. Le real chute lui aussi face au dollar, renforçant une inflation déjà galopante (6,7% actuellement). Rappelons que les manifestations, que le pays a récemment connues, sont parties de la hausse du prix du ticket des trains, bus et métro. Le pays pâtit d'un manque de main d'œuvre qualifié, 60% de sa population n'ayant pas dépassé l'école primaire.

Les faibles infrastructures , transports publics en tête, constituent de véritbales goulets d'étranglement, notamment pointés par l'OCDE. La corruption, la criminalité, mais aussi une fiscalité pesante et de nombreuses lourdeurs administratives sont d'autres facteurs structurels qui minent une économie gagnée par le ralentissement de la production industrielle. Du coup le Brésil se dirige clairement vers une troisième année consécutive de croissance sous les 4%.

> La Russie "vers la stagflation"

=> Croissance 2007: 8,5% 2013: 2,5% (prévision FMI)

Le pays est frappé par la récession du Vieux Continent, l'Europe représentant plus de la moitié de son commerce. Mais l'économie russe souffre aussi de ses propres carences.

Dans une analyse publiée le 2 juillet dernier, l'économiste Jacques Sapir, spécialiste de la Russie, établit une liste qui comprend notamment l'insuffisance du système judiciaire et un environnement qui ne facilite pas l'innovation. La Coface, dans sa cartographie des risques pays, dresse un constat similaire: "la faiblesse du cadre légal et de la protection des droits de propriété freine l’investissement" qui est, en effet ,proche du point mort. La Russie est rongée par la corruption, le pays se situant à la 133ème dans le classement de Transparency international, sur 176.

L'inflation continue d'être élevée (plus de 7%) alors que la croissance se stabilise (1,9% au deuxième trimestre 2013). L'économiste Anna Dobrec, de BNP Paribas, se demande dans une note si le pays ne se dirige pas vers "une stagflation". Le gouvernement russe a néanmoins adopté, le 25 juillet dernier, un plan de relance, pour tenter de provoquer un électrochoc.

Julien Marion