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Comment l’Iran tente d’exporter son pétrole malgré les Etats-Unis

Les Emirats ont appelé la communauté internationale à « coopérer pour sécuriser la navigation internationale »

Les Emirats ont appelé la communauté internationale à « coopérer pour sécuriser la navigation internationale » - Pixabay

Depuis le début du mois de mai, l’embargo économique américain empêche l’Iran de livrer son pétrole aux pays étrangers. En théorie. Car au moins une douzaine de tankers sont passés sous les radars en deux mois.

Sanctions ou pas, l’Iran continue d’exporter son pétrole. Une enquête du New York Times montre que, sur les quelques 70 tankers iraniens qui ont circulé en mer depuis le début de l’embargo américain début mai, au moins 12 d’entre eux ont livré leur brut à destination de la Chine ou de certains pays méditerranéens, probablement la Turquie et la Syrie. Un analyste, interrogé par le journal, estime que le nombre de tankers concernés est probablement plus élevé que ce que démontre l’enquête.

Une affirmation que tempère Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS. « La contrebande existe. Il n’y a jamais d’embargos efficaces à 100% mais dans le cas du pétrole, c’est très difficile quand vous faîtes face à la première puissance mondiale. »

Pour la simple et bonne raison qu’il est difficile d’être discret. « Exporter du pétrole, ce n’est pas comme exporter des diamants. Le pétrole, vous ne le mettez pas dans une valise ! » rappelle le chercheur. « Vous le transportez par un oléoduc ou des tankers. Evidemment, ça ne peut pas échapper aux services de renseignement américains. Quant aux camions citernes, ils sont un peu plus discrets mais vous n’allez pas très loin en matière de volume. »

La Chine critique des « sanctions illégales »

Il n’empêche, certains tankers arrivent à passer entre les mailles du filet, soit avec « un circuit un peu particulier, un peu compliqué pour aller en Syrie » soit en « débranchant les transpondeurs » reconnaît Francis Perrin.

Pour rappel, les exportations de brut iranien à l’international ne sont pas illégales mais les pays concernés s’exposent à des sanctions américaines, en guise de rétorsion. Jusqu’au 2 mai dernier, 8 pays (dont la Chine et la Turquie) bénéficiaient d’une exemption mais Donald Trump a mis un terme à ce passe-droit.

Début juillet, un tanker battant pavillon panaméen a été intercepté au large de Gibraltar par les commandos britanniques, qui le suspectaient de livrer du pétrole iranien en Syrie. Dans ce cas, c’est le pays de Bachar el-Assad qui est soumis à des sanctions européennes et américaines.

Face au désastre économique, le régime iranien n’a donc pas d’autres choix que de tenter d’écouler son brut à l’étranger. Il peut profiter de la guerre commerciale pour s’entretenir avec la Chine, qui n’a pas l’intention de céder aux pressions américaines dans ce dossier. « Nous exhortons avec véhémence les États-Unis à immédiatement corriger leurs façons de faire erronées, et à mettre un terme à ces sanctions illégales », a déclaré, fin juillet, Hua Chunying, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

La banque centrale chinoise dans le viseur

Dans le climat délétère qui règne entre les deux pays, Donald Trump pourrait-il aller jusqu’aux sanctions contre la Chine ? Une première entreprise pétrolière, Zhuhai Zhenrong, a été sanctionnée le 23 juillet dernier. « Nous avons dit que nous sanctionnerions tout comportement sanctionnable » a rappelé le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo. Concrètement, Zhuhai Zhenrong voit ses actifs aux Etats-Unis gelés tandis que son patron est interdit d’entrée dans le pays.

Mais au Congrès américain, les plus fervents opposants à l’Iran réclament de s’attaquer directement aux banques chinoises et surtout la Banque populaire de Chine qui s’occupent des transactions avec la Banque centrale iranienne. Au risque évidemment de rajouter de l’huile sur l’infernale guerre commerciale.