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Brexit : nouveau revers pour  Theresa May 

La Première ministre britannique Theresa May le 13 fevrier à Londres à la veille d'un vote crucial à la Chambre des Communes.

La Première ministre britannique Theresa May le 13 fevrier à Londres à la veille d'un vote crucial à la Chambre des Communes. - TOLGA AKMEN / AFP

Theresa May affronte une nouvelle rébellion dans les rangs de sa majorité, qui lui a fait perdre un vote à la Chambre des Communes sur sa stratégie de négociation.

C’est un nouveau revers pour Theresa May, qui affronte une nouvelle rebellion de la frange la plus europhobe de son parti. A six semaines de la sortie prévue de l'Union européenne, une motion visant à obtenir le soutien des députés dans sa tentative de renégocier l'accord de divorce, massivement rejeté mi-janvier au Parlement britannique, a été rejetée par 303 voix contre 258 ce jeudi.

Rebellion des ultra Brexiters

Cette motion affirmait le double objectif de l'exécutif : obtenir des « arrangements alternatifs » au « filet de sécurité » censé maintenir une frontière ouverte sur l'île d'Irlande après le Brexit (« backstop » en anglais), et écarter le scénario d'une sortie de l'UE sans accord, le scénario du « No deal » redouté par les milieux d'affaires et une majorité des députés.

Or les députés conservateurs eurosceptiques lui ont fait défaut, préférant s'abstenir, car ils refusent justement d'abandonner ce scénario du « No deal ». Ils rêvent d’un divorce radical qui ferait du Royaume-Uni un pays déréglementé et de Londres un Singapour sur la Tamise. « Écarter cette option serait la stratégie de négociation la plus idiote, et ce n'est pas dans l'intérêt national », a tweeté avant le vote le député Steve Baker, membre de l'European Research Group (ERG), une alliance de plusieurs dizaines de députés tories europhobes.

Theresa May affaiblie

De fait, ce rejet de la motion gouvernementale accentue le risque d'un « No deal », ou à l'inverse, d'un report, voire d'une annulation du Brexit. Il met en tout cas la Première ministre dans une position délicate vis-à-vis de l’UE. Le ministre du Commerce international et fervent défenseur du Brexit, Liam Fox, avait prévenu les députés qu'un rejet du texte enverrait de « mauvais signaux » à Bruxelles et affaiblirait la capacité de Theresa May à obtenir un accord renégocié.

Engagée depuis deux semaines dans de nouvelles discussions avec l'UE, Theresa May peine à obtenir une réouverture des négociations. Alors que les dirigeants européens se montrent inflexibles, elle a reconnu mardi avoir « besoin de temps » pour trouver une issue. « L'UE à 27 attend toujours de Londres des propositions concrètes et réalistes pour sortir de l'impasse sur le Brexit », a déclaré mercredi sur Twitter le président du Conseil européen, Donald Tusk.

La dirigeante britannique se laisse jusqu'au 26 février pour trouver une issue. Sans nouvel accord à cette date, un nouveau débat sera organisé le lendemain sur la conduite à tenir. Le gouvernement, maître de l'ordre du jour à la Chambre des communes, a promis une nouvelle série de votes. Les élus cherchant à contraindre le gouvernement à différer le Brexit ont annoncé que ce serait alors le moment de vérité.

Amendements

La Chambre des Communes devait aussi se prononcer sur deux amendements, qui ont tous deux été rejetés. Celui déposé par le parti travailliste demandait au gouvernement de soumettre au Parlement un accord révisé sur le Brexit ou qu'un débat sur les prochaines étapes du processus ait lieu avant le 27 février. Celui des nationalistes écossais du SNP réclamait un report d'au moins trois mois de la sortie de l'UE. Le troisième n'a finalement pas été déposé, le gouvernement ayant accepté, comme le demandait cette amendement, de publier l'analyse des conséquences commerciales et économiques d'une sortie sans accord.

Delphine LIOU avec AFP et Reuters