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France-Allemagne: les performances économiques au banc d'essai

L'Allemand Thomas Müller (à gauche) et le Français Antoine Griezmann (à droite) les deux principaux atouts offensifs de leurs équipes respectives

L'Allemand Thomas Müller (à gauche) et le Français Antoine Griezmann (à droite) les deux principaux atouts offensifs de leurs équipes respectives - Ian Mac Nicol - Franck Fife - AFP

Alors que les Bleus défient la Mannschaft ce jeudi 7 juillet, nous avons décidé de compter les points en économie. Et si l'Allemagne part largement favorite, le match s'avère plus serré qu'on pourrait le penser de prime abord.

L'affiche est un grand classique qui évoque des souvenirs douloureux. Ce jeudi 7 juillet les Bleus de Didier Deschamps affrontent l'Allemagne de Joachim Löw, considérée comme la meilleure équipe du monde.

Chaque rencontre entre les deux pays revêt évidemment une saveur particulière. Évidemment le dramatique France-Allemagne de 1982 avec notamment la sortie de Patrick Battiston sur une civière y est pour quelque chose. Mais la proximité géographique et la rivalité économique jouent aussi.

Pour cette raison, nous avons décidé d'organiser un match entre les deux plus grandes économies de la zone euro, avant que les deux équipes ne s'affrontent à Marseille. Comme Lloris, Griezmann et les autres, la France ne part pas favorite. Mais l'Allemagne aurait néanmoins bien tort de la sous-estimer. Le match, indicateur économique après indicateur économique, avec BFMbusiness.com en arbitre.

> Croissance

Il y a encore quelques années, il n'y aurait pas eu match sur ce point. Mais la donne a changé. Pour reprendre les propos de François Hollande, "ça va mieux" pour l'Hexagone. La consommation des ménages est solide, et l'investissement des entreprises décolle. Tant et si bien que l'Insee attend 1,6% cette année. Le gouvernement table sur 1,5% et François Hollande a même récemment évoqué un chiffre de 1,7%. Néanmoins, l'Allemagne risque de finir devant d'une courte tête sur la photo finish. Berlin s'attend à voir son PIB progresser de 1,7% et la Commission européenne table elle sur 1,8%.

Allemagne 1 – 0 France

> Déficit

Là en revanche, il n'y a pas photo. En 2015, l'Allemagne a enregistré un excédent budgétaire de 12 milliards d'euros et sera encore à l'équilibre cette année, malgré les dépenses liées à l'accueil des réfugiés. De son côté, Bercy va devoir lutter pour à la fois tenir ses engagements auprès de Bruxelles (3,3% de déficit en 2016) et financer les coûteux cadeaux pré-électoraux de François Hollande. Inutile de rappeler que les fameux 3% de déficit n'ont plus été tenus depuis… 2007.

Allemagne 2 – 0 France

> Chômage

Voilà un autre domaine dans lequel l'Allemagne est inatteignable. Grâce à la flexibilité de son marché du travail mais aussi la force de son dialogue social (les syndicats ont fait des concessions), le pays a traversé la crise presque sans encombre. Aujourd'hui son taux de chômage est le plus bas de la zone euro, avec 5,9%. De son côté, la France commence tout juste à sentir la fameuse "inversion de la courbe", programmée pour la fin de l'année. Selon l'Insee, le chômage s'élèvera alors à 9,5% de la population active. Soit 3,6 points de plus qu'en Allemagne.

Allemagne 3 – 0 France

> Investissement

L'adage veut que les investissements d'aujourd'hui génèrent les bénéfices de demain. Or l'Allemagne a été récemment épinglée par l'OCDE pour ne pas avoir su profiter des taux bas sur les marchés et investir davantage. Son déficit d'investissement, tant public que privé, avait d'ailleurs été souligné dans un rapport fin 2014, remis aux ministres de l'Économie français et allemand. Plus globalement, l'investissement représente 19% du PIB allemand contre 22% de celui de la France, selon la Banque mondiale.

Allemagne 3 – 1 France

> Coût du travail

Fin 2015, le coût d'une heure de travail en Allemagne était globalement de 32,2 euros contre 35,1 euros pour la France, d'après Eurostat. Nous éviterons la mauvaise foi et accordons donc le point à notre voisin d'Outre-Rhin. Mais récemment, le Coe Rexecode notait, au premier trimestre 2016, que le coût de la main d'œuvre augmentait plus fortement en Allemagne qu'en France, si bien qu'il est désormais plus élevé dans l'industrie.

Allemagne 4 – 1 France

> Attractivité

Le dernier baromètre Ernst and Young était cruel pour la France. Le cabinet en venait à se demander si la France jouait "encore en 1ère division". L'Allemagne avait ainsi attiré en 2015 946 projets d'implantation (+9%) contre 598 pour l'Hexagone (-2%).

Allemagne 5 – 1 France

> Inégalités

Voilà une manche qui est difficile à arbitrer. En effet la mesure des inégalités est un sujet bien vaste qui alimente nombre de thèses d'économistes. En retenant l'indicateur le plus utilisé, l'indice de Gini, on constate qu'elles sont un brin plus élevées en Allemagne qu'en France (0,30 contre 0,29 en 2013). Mais les deux pays sont en fait au coude à coude.

Allemagne 5 – 2 France

> Productivité

Voilà l'atout français souvent mis en avant. Si les Français ne travaillent pas forcément beaucoup, ils sont efficaces. En 2014, la France avait la sixième productivité horaire la plus élevée au monde, avec 64 dollars par heure, selon le Conference Board, qui fait référence en la matière. Juste devant…l'Allemagne avec 63,4 dollars.

Allemagne 5 – 3 France

> Compétitivité

L'Allemagne reprend ici nettement l'avantage. Notre voisin d'outre-Rhin pointait à la 4e place du dernier classement du World Economic Forum de Davos, alors que l'Hexagone n'était que 22e. Score sans appel.

Allemagne 6 – 3 France

> Grandes entreprises

Notre pays possède de nombreux fleurons dans bon nombre de secteurs. Total, Sanofi ou l'ensemble des grandes banques sont autant d'exemples. La France place ainsi 31 entreprises dans le classement Fortune Global 500, recensant les 500 plus grandes sociétés au monde cotées et non cotées (on trouve ainsi la SNCF à la 322e place). Soit trois de plus que l'Allemagne.

Allemagne 6 – 4 France

> Balance commerciale

En foot on parlerait d'un coup franc en pleine lucarne. L'Allemagne, cette machine à exporter, a enregistré en 2015 un excédent commercial record de 248 milliards d'euros. La France, elle, résorbe tout doucement son déficit qui atteignait 45,7 milliards l'an passé.

Allemagne 7 – 4 France

> Taux de pauvreté

La France marque un point. Le taux de pauvreté, défini comme le pourcentage de personnes vivant avec un revenu inférieur à 60% du revenu médian national, une fois les aides sociales comptabilisées, était de 13,3% en 2014 en France contre 16,7% en Allemagne, selon Eurostat.

Allemagne 7 – 5 France

> Natalité

Il s'agit de l'autre grande faiblesse de l'Allemagne. Avec sa population vieillissante, le pays germanique accuse un déficit de naissances avec un taux de fertilité de 1,36 enfant par femme, en 2013, contre 1,99 pour l'Hexagone.

Score final:

Allemagne 7 – 6 France

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