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Faut-il taxer le télétravail pour augmenter les revenus de ceux qui n'y ont pas droit?

Une taxe sur le télétravail ?

Une taxe sur le télétravail ? - AFP

Un économiste de la Deutsche Bank suggère l'instauration d'une taxe à 5% sur le salaire de ceux qui télétravaillent. Les recettes générées seraient redistribuées aux travailleurs mal payés dont le métier est incompatible avec le travail à domicile.

Pour une fois, ce ne sont pas des Français qui prônent la création d'un nouvel impôt. Dans un long rapport sur la "reconstruction" de l'économie et des sociétés impactées par la crise du coronavirus, le britannique Luke Templeman, économiste à la Deutsche Bank estime indispensable de taxer le... télétravail

Son raisonnement est simple. Les télétravailleurs réalisent des économies en restant chez eux. Ils n'ont pas de transport à payer, pas de déjeuner à financer et économisent tout une sorte de petites dépenses imprévues (appelées par certains auteurs "latte factor") : le café en plus au restaurant, la boisson achetée au distributeur… autant de petites dépenses évitées en restant chez soi.

En revanche, les salariés qui n'ont pas la possibilité de travailler à domicile (les deux-tiers des travailleurs en France) ne profitent pas de ces avantages. Alors que la majorité d'entre eux exercent des professions offrant de faibles rémunérations: ouvriers, hôtes de caisse, aide-soignants… Ces salariés bénéficieraient de cette nouvelle fiscalité sur le télétravail grâce à une redistribution des recettes ainsi générées permettant d'augmenter leur revenu.

Le rapport suggère de ne pas mettre en place cette fiscalité tant que l'épidémie impose aux citoyens des périodes de confinement. Il faut en effet que le télétravail ne soit pas une contrainte pour les salariés. C'est en effet ces derniers qui paieraient cette taxe (exception faite des indépendants et des petits salaires) dès lors qu'ils disposent d'un bureau permanent et choisissent de ne pas se rendre sur leur lieu de travail. En revanche, si leur employeur supprime leur bureau pour leur imposer le télétravail permanent, chez eux ou dans des espaces de co-working, alors ce sera à lui de passer à la caisse.

A combien s'éleverait cette taxe ? Le rapport propose d'appliquer un taux de 5% sur le salaire. "En partant d'une rémunération moyenne de 55.000 dollars pour une personne qui choisit de travailler à domicile aux États-Unis, une taxe de 5% équivaut à un peu plus de 10 dollars par jour" explique le rapport. Au Royaume-Uni, cela représenterait en moyenne 7 livres sterling par jour et en Allemagne 7,5 euros. Un impact donc limité et les entreprises pourraient même être, in fine, gagnantes si elles décident de réduire les effectifs en présentiel (et donc d'économiser sur le loyer avec des bureaux plus petits).

Quel pactole ?

Cette taxe pourrait à terme rapporter plusieurs dizaines de milliards d'euros par an. Pour évaluer la rectte potenielle, Luke Templeman part du principe que les salariés qui ont expérimenté le télétravail pendant la crise souhaiteront au moins rester à domicile un ou deux jours par semaine dans les années post-crise. Une vision plutôt optimiste alors que la France reste à la traîne dans ce domaine. Les recettes générées permettrait de verser, à la fin de l'année, l'équivalent d'un smic mensuel (environ 1500 euros) aux plus faibles salaires.

"Certains vont contester cette taxe" reconnait. Luke Templeman. "Ils diront que c'est leur choix et qu'ils ne devraient pas être pénalisés de prendre cette décision. Mais ces personnes devraient se souvenir que les gouvernements ont toujours fait évoluer la fiscalité en fonction de l'environnement social. Notre système fiscal doit évoluer avec lui." Des arguments qui ne convaincront probablement pas tout le monde…

Thomas Leroy Journaliste BFM Business