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Le leadership digital

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La transformation digitale est avant tout une histoire d’hommes et de femmes capables d’insuffler une nouvelle culture d’innovation, de projets, de recherche, de relations clients dans l’entreprise. Ce sont ces nouvelles qualités du leadership digital qui feront la réussite de l’entreprise.

S’il fallait résumer la transformation digitale en quatre étapes, la première dite de sensibilisation serait une phase de découverte et d’adoption. Les entreprises tatônnent, font du test & learn, expérimentent des outils, des plateformes, des modèles d’organisation, voire la mise en place de nouveaux services. Le cycle d’innovation doit être rapide. Gilles de Richement, CTO du site Voyages-SNCF.com le résume sous la forme d’un bail 3/6/9 de l’innovation digital. 3 mois pour élaborer et montrer une idée au client, 6 mois pour affiner le produit en fonction des réactions, 9 mois pour atteindre le succès d’usage.

Après la découverte et l’adoption, la deuxième étape de la transformation digitale concerne la construction. La culture numérique fait désormais partie des valeurs de l’entreprise. Chaque projet est réfléchi non pas en distinguant un volet digital mais en étant complètement irrigué par le numérique. Toutes les situations sont envisagées pour essayer de personnaliser les offres ou les services. La construction implique les équipes de l’entreprise mais aussi son écosystème, ses partenaires, ses fournisseurs mais aussi ses clients.

La troisième étape porte sur l’industrialisation. Toutes les strates de l’entreprise sont de la bataille. Le déploiement se fait à tous les niveaux. Reste enfin la quatrième étape où le digital est admis comme la norme dans toutes les activités et les processus de l’entreprise. Très peu d’entreprises ont atteint ce degré de maturité digitale. Le gros des troupes se concentre encore sur la première partie de découverte et de primo-adoption. Certaines entreprises ont pu aller plus vite sur les deux autres étapes mais sur des projets spécifiques, sur une « saignée digitale » et non sur l’entreprise dans sa globalité.

Pour atteindre avec succès la quatrième étape, les entreprises ont certes à intégrer des outils mais elles doivent surtout revoir de fond en comble leurs process, leurs organisations, former et réaffecter leurs collaborateurs. Sans doute la chose la plus compliquée.

Elles doivent pour cela ne pas manquer de leadership. Comme dans d’autres domaines, sans leadership – digital en l’occurrence- l’entreprise peut se mettre en danger car sans vision, sans cap et sans priorité. Or en matière de transformation digitale, l’heure est à lucidité, à l’énergie et donc au leadership.

Un leadership indispensable pour assimiler le rythme des changements sur des marchés où les modèles disruptifs prennent souvent le pas sur les modèles plus traditionnels.

A la base du leadership digital, il faut un dirigeant connecté, capable d’évoluer dans un contexte par nature instable et sachant anticiper l’hyper-connectivité de l’ensemble de son écosystème. Il saura « manager le doute ». Le digital produisant énormément de données, le leader digital devra savoir s’entourer de profils ouverts – y compris des experts externes à l’entreprise. Ceux-ci devront lui transmettre leurs doutes et rendre au final les incertitudes constructives. Adam Grant dans son ouvrage Originals souligne d’ailleurs l’importance de s’entourer de gens qui voient un problème sous un autre angle. « J’en ai marre de patienter sous la pluie à attendre un taxi », Travis Kalanik a réfléchi autrement et inventé Uber. « Je n’ai pas les moyens d’avoir une maison ou un appartement dans toutes les villes que j’aime et aller à l’hôtel ne me satisfait pas… » Brian Chesky et ses associés ont inventé Airbnb. En France, nous avons aussi Frédéric Mazella, fondateur de Blablacar qui a révolutionné la façon de voyager. Il faut savoir s’entourer de gens qui rendent vos incertitudes constructives.

Le leader digital doit enfin savoir associer immédiateté et durée. Le digital implique en effet une certaine agilité mais qui doit s’inscrire dans une direction bien définie, qui répond aux valeurs de l’entreprise.

Parmi ses qualités, le leader digital doit mettre de côté celles qui l’ont fait arriver à un poste de manager. Faire preuve d’autorité et imposer ses directives ne font pas bon ménage avec le leadership digital. Il faut davantage miser sur la curiosité, la capacité d’écoute, voire de l’empathie. Certains parlent de « lâcher prise » parlons plutôt de compétences douces.

Frédéric Simottel