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Vol dérouté : Air France a le droit de faire payer le kérosène aux passagers

Selon le code de l'aviation civile, le commandant de bord est autorisé à emprunter de l'argent auprès des passagers.

Selon le code de l'aviation civile, le commandant de bord est autorisé à emprunter de l'argent auprès des passagers. - -

Partis pour Beyrouth, 174 passagers d’Air France ont fait une escale imprévue à Damas. Le commandant de bord a fait la quête dans l’avion afin de réunir l’argent pour faire le plein kérosène... Une procédure parfaitement légale.

"C’était une énorme bêtise." C'est ainsi que le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a qualifié la décision prise par Air France la semaine dernière de dérouter sur Damas un avion faisant le trajet Paris-Beyrouth. Le vol AF 562, parti mercredi soir de Paris à destination de Beyrouth, a dû être dérouté en raison de troubles qui ont éclaté sur la route de l’aéroport libanais. Les voyageurs n’étaient pas au bout de leur peine. Parmi les déboires, il y a eu cette quête organisée dans l'avion pour payer le kérosène, qui a pu surprendre les passagers, mais qui s'avère tout à fait légale.

Pour rappel, faute de pouvoir atterrir à Beyrouth, la nouvelle destination choisie par Air France était Chypre. Mais n'ayant pas le carburant suffisant, l’avion et ses 174 passagers ont dû faire une escale à l'aéroport de Damas. Or, Air France ne se pose plus en Syrie depuis mars dernier, en raison des conflits qui se tiennent dans le pays. Aussi, administrativement, la compagnie n’existe plus sur cet aéroport et n'a donc plus de ligne de crédit auprès des ravitailleurs de carburant. Les pilotes ont bien des cartes bancaires, mais les transactions financières internationales sont interdites avec la Syrie.

Le commandant de bord a les pleins pouvoirs

Il ne reste donc plus que le cash. Pour réunir les 13 000 euros nécessaires pour acheter le kérosène, l’équipage a ainsi fait appel aux passagers. Cette procédure est, en effet, tout à fait légale. En effet, dans des circonstances particulières, selon le code de l'aviation civile, le commandant de bord a une délégation de pouvoir du directeur général de la compagnie.

Il est donc autorisé à "emprunter les sommes indispensables" pour effectuer des réparations, "assurer la sécurité des personnes embarquées et la sauvegarde du fret" ou "engager du personnel supplémentaire pour la durée nécessaire à l'achèvement de la mission".

Finalement, la compagnie aérienne a trouvé un autre moyen pour payer la facture de kérosène. Elle a tout de même présenté ses excuses aux passagers. Ceux-ci sont finalement arrivés à Beyrouth 24 heures après leur départ.

Karine Vergniol et BFMbusiness.com