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Une réglementation chinoise sur l'électrique pourrait profiter à Renault

Pékin veut obliger les constructeurs à produire en Chine plus de voitures électriques. Bonne nouvelle pour Renault qui prévoyait depuis plusieurs années de développer des véhicules zéro émission dans le pays.

3 millions de Nouveaux Véhicules Energétiques (NEV, l’appellation officielle en Chine pour les voitures électriques ou hybrides rechargeables) vendus chaque année, c’est l’objectif que vient de fixer le gouvernement chinois pour 2025, rapporte ce vendredi Les Échos. Et parmi tous ces véhicules zéro émission, on pourrait bien retrouver bon nombre de Renault.

Une petite voiture électrique low-cost

Le gouvernement chinois voudrait en effet que les constructeurs qui vendent ou importent plus de 50.000 voitures par an dans le pays produisent au moins 8% de véhicules électriques en Chine dès l’an prochain, puis 10% en 2019 et 12% en 2020. Toutes les grandes marques sont donc impactées et de Washington (États-Unis) à Berlin (Allemagne), les autorités multiplient les contacts avec Pékin pour déjà assouplir cette réglementation.

Or, après avoir misé depuis la fin des années 2000 sur le véhicule électrique en Europe, Renault, en a aussi fait une de ses priorités pour la Chine. Après le lancement de 2 SUV, la marque au losange compte vendre d’ici 2020 une voiture low-cost électrique.

"Nous sommes en train de développer une voiture électrique low cost en Chine. Nous parlons aujourd'hui de 7.000 à 8.000 dollars (6.300 à 7.200 euros), mais avec les aides publiques chinoises. Ce que nous voulons, c'est proposer une voiture électrique (à ce niveau de prix) et sans les aides", confiait Carlos Ghosn, le président de l’Alliance Renault-Nissan en Chine.

Avantage face aux constructeurs chinois

Le papa de la Logan et de la Kwid, Gérard Détourbet, travaille sur ce projet depuis l’an dernier. La petite voiture sera fabriquée à Wuhan, dans l'usine inaugurée début 2016. Reste à savoir si ce véhicule électrique sera badgé Renault, comme la Kwid en Inde, ou sous une marque spécialement créée avec le partenaire DongFeng pour le marché chinois.

"Est-ce que le véhicule électrique peut donner à Renault une longueur d’avance? Oui, notamment grâce à l’ultra low-cost, nous confiait il y a quelques mois un consultant. Sur ce segment, ils seront en concurrence directe avec les Chinois, qui sont performants dans ce domaine".

Les constructeurs locaux dominent en effet le marché du véhicule électrique sur leur territoire, avec en tête des ventes BYD. Cette marque ne collabore avec aucun étranger et a bénéficié, comme les autres marques chinoises, de l’interdiction faite jusqu’à présent à des marques autres que chinoises de vendre en Chine des voitures électriques.

"Les Chinois veulent créer un parc zéro émission. Dans le segment des modèles low-cost, par exemple, les constructeurs chinois ont un vrai savoir-faire, qu’ils étendent à l'électrique", explique Hadi Zeblit, expert automobile au cabinet BCG.

Durcir les normes locales

Pékin a cependant modifié diamétralement sa stratégie pour créer ce parc 100% électrique. Des subventions massives (7600 euros pour l’achat d’un véhicule électrique, couplés à des aides locales, l’exonération de taxe et l’attribution de plaque), le gouvernement chinois a donc préféré instaurer les quotas. Il travaille aussi sur un durcissement des normes anti-pollution. "Actuellement, les autorités chinoises veulent durcir leurs normes locales. La prochaine version de la norme sera probablement plus inspirée par ce qui se fait en Californie", poursuit Hadi Zeblit. Or, les normes californiennes sont très dures, avec notamment des quotas de CO2.

Renault n’est pas la seule marque française qui pourrait bénéficier de cette nouvelle réglementation. PSA travaille actuellement sur le développement d’une plateforme dédiée au véhicule électrique avec l’un de ses actionnaires majoritaires, le chinois Dongfeng.

Le véhicule électrique reste cependant encore une toute petite part du marché automobile chinois. Sur 24,4 milliards de voitures vendues en Chine l'année dernière, 500.000 seulement étaient électriques. Et avec la baisse des subventions, les ventes se sont effondrées de 74% en janvier.

Pauline Ducamp