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Stress au travail : la France à la traîne

Fatigue, difficultés de concentration ou boule au ventre le matin... Comme 4 Français sur 10, vous sentez-vous stressé au travail ?

Fatigue, difficultés de concentration ou boule au ventre le matin... Comme 4 Français sur 10, vous sentez-vous stressé au travail ? - -

Les entreprises s’engagent mais les actions concrètes manquent, d’après un rapport sur le stress au travail. Fatigue, difficultés de concentration ou boule au ventre le matin... Comme 4 Français sur 10, vous sentez-vous stressé au travail ? Inquiets, psychiatres et syndicats lancent un cri d'alarme.

Ce mardi matin, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, doit commenter un rapport sur le stress au travail, devant le Conseil d'orientation sur les conditions de travail (COCT). L'occasion de faire le bilan des accords conclus en 2010 qui prévoient un plan d'action contre le stress dans les entreprises de plus de 1000 salariés. Depuis, seules 250 entreprises ont agi pour éviter les drames humains. On pense à la vague de suicides à Renault (2006) ou à France Télécom (2009).
Que dit ce rapport ? Certes, les entreprises cherchent bien à « comprendre la problématique des risques psycho-sociaux » et à « identifier les causes ». Mais les mesures concrètes sont rares, de même que les accords qui comportent « un engagement précis de la direction ».

Le stress au travail coûte pourtant 2 à 3 milliards d'euros chaque année en France, selon une étude de l'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS). Selon cette même étude, 4 salariés sur 10 en souffrent, et même 57% des cadres supérieurs. Avec des répercussions sur la santé : 37% des salariés se disent très fatigués.

« Des objectifs hors normes demandés au personnel »

Depuis plusieurs mois, des mesures ont été mises en place à France Télécom : arrêt des fermetures de sites, des suppressions d'emplois et des mobilités forcées pour les cadres. Pourtant, Sébastien Crozier, qui y est délégué syndical CFE/CGC/UNSA, déplore « des zones où la tension est encore palpable. Pour pouvoir verser 11 milliards de dividendes en 3 ans à nos actionnaires,il est demandé au personnel des objectifs commerciaux hors normes, qui peuvent encore être source de stress. Il faut du temps pour reconstruire une confiance détruite pendant 5 ans et pour retrouver la sérénité. »

« Il y a une telle violence contenue… »

Parce qu’elle voit la situation empirer au fil du temps, Brigitte Font Le Bret, psychiatre spécialisée dans l'accueil des salariés en souffrance, lance aujourd’hui un cri d'alarme : « Depuis 6 mois je vois un basculement très net : ce sont maintenant des personnes qui sont capables d’acheter ou de préparer des scénarios et auxquelles je suis obligée de rappeler la loi : là vous faites une préméditation d’assassinat. Ce qui me fait le plus peur maintenant, c’est qu’il y a une telle violence contenue. Et je ne sais pas jusqu’à quand on va pouvoir la contenir, si on ne met pas en place réellement des modifications de l’organisation du travail. »

« Cauchemars, boule au ventre, vomissements… »

Inquiète, la psychiatre spécialiste énumère les symptômes qu’elle observe sur les salariés stressés par leur travail : « les symptômes psychiques (les cauchemars à thématiques professionnelles), les symptômes anxieux (la boule au ventre, les vomissements – de plus en plus de personnes me disent vomir avant d’aller au travail), des troubles alimentaires (boulimie, anorexie). Et ce qui est nouveau c’est ces associations avec des hormones qui vont provoquer des maladies somatiques telles que la tyroïde, le diabète, l’hypertension… »

« Une salle de repos ne va pas supprimer le stress au travail »

Très critique envers les entreprises qui peinent à combattre le stress, Christine Siméon, secrétaire du CHSCT chez Sofinco et Finaref, qui travaille depuis 10 ans sur ces risques psychosociaux, explique : « Tant que les grosses sociétés n’auront pas compris qu’il faut travailler en amont et que c’est pas en mettant une pause toutes les deux heures, en ayant une salle de repos avec de jolies images, qu’ils vont supprimer le stress au travail, on va être en constante augmentation. Parce que ce sont leurs solutions à eux ; ils pensent qu’en regardant une jolie image, le salarié va déstresser. Non, parce qu’il va aussitôt revenir dans les mêmes conditions et ça ne va rien changer. »

La Rédaction, avec Benjamin Smadja