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See Jane Go, cette start-up VTC lance un service interdit aux hommes

Cette start-up de VTC propose de ne recruter que des femmes pour ne transporter que des femmes.

Cette start-up de VTC propose de ne recruter que des femmes pour ne transporter que des femmes. - See Jane Go

Aux États-Unis, une nouvelle tendance émerge en réaction aux agressions sexuelles, celle des VTC réservés aux femmes. En Californie, See Jane Go lance une flotte de VTC réservée aux femmes, qu’elles soient chauffeuses ou clientes.

Si en France, les piscines réservées aux femmes créent la polémique, les Américains semblent bien accueillir des services de VTC dont les chauffeurs et les clients sont exclusivement de la gent féminine. Rien de religieux ou de phallocratique, ces entreprises ont été créées en réaction aux agressions sexuelles commises par des chauffeurs de VTC. Le phénomène concerne avant tout les États-Unis et l’Inde.

William Jordan a lancé See Jane Go, un service qui ne recrute que des femmes pour ne transporter que des femmes dont la direction a été confiée à Kymberly Toonen. Le service a été lancé en Californie et ambitionne de se développer à l’international. Elle vient de lever 1 million de dollars et prépare une seconde levée de 10 millions pour la fin de l’année 2016.

170 plaintes pour des agressions sexuelles en trois ans

Cet accueil des investisseurs s’explique par le potentiel de ce marché qui repose sur les plaintes déposées contre des chauffeurs. Selon une enquête menée par le site Buzzfeed et publiée en mars dernier, Uber aurait reçu 170 plaintes pour des agressions sexuelles lors des trois dernières années. Le site n’a pas enquêté sur les autres services de VTC ni sur des agressions de conductrices par des passagers. En Inde, le viol d’une cliente a valu à Uber d’être bannie de New Delhi.

Les faits ne sont pas anodins. Ils sont recensés sur le site whosdrivingyou qui évoque des problèmes allant de l’agression verbale à des menaces de mort en passant par des viols. Pour Kymberly Toonen, il était temps d’agir en créant un service calqué sur Uber, mais totalement adressé aux femmes. Chez Uber, l’effectif est composé à 15% de femmes et le groupe s’est engagé à recruter un million de conductrices d’ici à 2020.

Les hommes admis, mais à certaines conditions

Nous avons interrogé Serge Metz, PDG de Taxis G7 sur le sujet et son opinion tranche avec cette idée américaine. "Ce genre d’initiative a déjà été tenté à Londres, je trouve cela consternant et ce serait triste d’en arriver là en France", estime-t-il. Pour lui, le genre du chauffeur n’a rien à voir avec la sécurité. Selon lui, la solution repose sur le filtrage des chauffeurs "en vérifiant leurs casiers judiciaires et en les formant convenablement". Il précise néanmoins qu’il incite les femmes à entrer dans la profession afin d’y apporter une mixité plus en rapport avec l’évolution de la société. Actuellement, les femmes représentent 5% des chauffeurs qui travaillent pour la centrale de taxis.

Le succès de See Jane Go n’est pas vraiment assuré, même aux États-Unis. Comme le note LeTemps, une tentative similaire a été lancée à Boston avec le service SafeHer qui a été taxé de discrimination. Pour éviter cette accusation, Kymberly Toonen a un truc. Elle précise que les hommes pourront bien évidemment utiliser le service, mais à une condition : il faudra qu’ils soient accompagnés d’une femme qui se portera garante de son intégrité. Une disposition légale comme l'explique le VTCiste avec humour sur son site. "Refuser un homme est illégal et Jane ne veut pas faire de la prison en raison des rayures horizontales qui ne ne sont pas très élégantes".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco