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Renault-Nissan : Carlos Ghosn prêt à dire sa vérité

Carlos Ghosn, via son compte Twitter personnel nouvellement créé, se dit prêt à faire toute la lumière sur l'affaire le concernant dès la semaine prochaine.

Carlos Ghosn, via son compte Twitter personnel nouvellement créé, se dit prêt à faire toute la lumière sur l'affaire le concernant dès la semaine prochaine. - JIJI PRESS / AFP

L'ancien patron de l'Alliance annonce sur son compte Twitter, nouvellement créé, une conférence de presse pour le jeudi 11 avril.

« Je me prépare à dire la vérité sur ce qui se passe. Une conférence de presse se tiendra jeudi 11 avril », déclare simplement en anglais et en japonais Carlos Ghosn, sur un compte Twitter personnel certifié créé ces dernières heures. L'ancien patron de l'Alliance, toujours en résidence surveillée à Tokyo en attente de son procès, semble repartir à l'offensive pour s'expliquer et se défendre. La date de cette conférence de presse n'a sans doute rien d'innocent, puisqu'elle correspond quasiment jour pour jour à la célébration des 20 ans de la formation de l'Alliance Renault-Nissan, dont il fut l'architecte en chef... 

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Une annonce qui intervient d'ailleurs le même jour qu'un conseil d'administration très important chez Renault. Les administrateurs du constructeur se réunissent aujourd'hui pour prendre connaissance des conclusions de l'enquête interne, déjà visée par le comité d'éthique de Renault, concernant les soupçons d'abus de biens sociaux et irrégularités comptables relatifs à l'affaire Ghosn. Renault a déjà fait état de la transmission de deux éléments suspects distincts au parquet de Nanterre, en vue de l'ouverture d'une enquête. 

L'affaire omanaise

Le premier élément suspect a été révélé il y a deux jours. Il s'agit de flux financiers à destination du Sultanat d'Oman. Renault, entre 2011 et 2016, a versé à un de ses partenaires locaux, Suhail Bahwan Automobiles (SBA), une dizaine de millions d'euros de primes de performances et de frais marketing. Jusque là rien d'anormal, la société étant un distributeur connu, chargé d'écouler des voitures de l'alliance Renault-Nissan pour Oman et la zone du Moyen-Orient.

Là où l'affaire devient suspecte, c'est que ces dépenses n'ont pas été imputées aux budgets régionaux de Renault, comme c'est la règle pour la plupart des entreprises. Ces frais semblent directement imputés à la présidence du groupe. Un problème de comptabilité interne pour lequel il n'y a pour le moment pas d'explication. Nissan de son côté, au cours de son enquête interne, a découvert dans sa propre comptabilité des flux similaires vers le même destinataire, et le même problème comptable. La justice japonaise pourrait d'ailleurs entamer une nouvelle procédure à ce sujet à l'encontre de Carlos Ghosn, selon le journal Yomiuri.

Mariage somptuaire à Versailles

Et puis, ce que l'enquête interne de Renault révèle aussi, c'est que ces fonds auraient été transférés par cette société Omanaise à une autre société, libanaise celle-là, qui serait détenue par des partenaires de Carlos Ghosn. Une sorte de tour de passe-passe au bénéfice de l'ancien PDG ou de son entourage proche. L'ensemble de ces soupçons sont en tout cas fermement démentis par l'entourage et la défense de l'ex-patron de l'Alliance.

L'enquête interne de Renault avait déjà révélé il y a quelques semaines l'affaire du mariage de Carlos Ghosn à Versaillles au Grand Trianon en 2016. Un dossier complexe également, Renault étant partenaire du Château de Versailles au travers d'un accord de mécénat. Cette cérémonie, qui a coûté 50.000 euros, était-elle un avantage en nature? Ou une contrepartie des accords entre Renault et Versailles? La question pour le moment reste à éclaircir, et la défense de Carlos Ghosn avait même proposé le remboursement pur et simple des frais par l'ex-patron lui-même.

Les éléments de l'enquête interne de Renault sur ces 2 points sont désormais dans les mains du Parquet de Nanterre, qui doit statuer sur l'ouverture d'une procédure en bonne et due forme. Dans l'attente, Renault veut clore au plus vite ce volet pour se concentrer sur les grands dossiers industriels qui l'attendent, alors que le ton semble être à l'apaisement avec Nissan... Pour accélérer la consolidation de l'Alliance.