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Rafale: Air France, grand perdant du contrat avec le Qatar?

Pour faciliter la signature du contrat, la France a cédé à une demande de l'émirat, en permettant à Qatar Airways de desservir certains aéroports de province, selon les Echos. Ce qui ne fait pas les affaires du groupe français qui s'estime déjà lésé par les subventions accordées aux compagnies du Golfe.

Air France fait-il les frais du contrat passé sur le Rafale? Pour faciliter les négociations portant sur la vente de 24 exemplaires de l'avion de chasse, François Hollande aurait cédé à une des demandes du Qatar en élargissant les droits de trafic accordés à Qatar Airways, rapportent les Echos ce lundi 4 mai.

Ainsi la compagnie du Golfe aurait désormais le droit d'atterrir et décoller dans les aéroports de Nice et Lyon. Or, depuis plusieurs années Qatar Airways réclamait la possibilité de pouvoir desservir la province en direct, en plus de Paris.

Un indice est venu se glisser dans la déclaration commune de François Hollande et du cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani. Les deux chefs d'Etat ont ainsi affirmé vouloir "améliorer les échanges entre les deux pays" et "travailler ensemble pour une meilleure connectivité aérienne". Ils ont ainsi convenu d'avancer rapidement sur cette question, "de façon mutuellement avantageuse.

Pour autant, François Hollande a assuré qu'il n'y "a pas eu de contrepartie" à la signature de ce contrat.

Le cri de protestation contre les subventions

Un revers pour Air France qui vient en plus s'ajouter aux plaintes de la compagnie française contre ses concurrentes du Golfe. 

Les subventions dont bénéficient ces dernières font ainsi l'objet de critique de la part de l'entreprise tricolore. "Il est certain que si les compagnies européennes payaient peu de redevances aéroportuaires comme celles du Golfe, leurs problèmes seraient résolus!", a déclaré le PDG d'Air France.

Interrogé par Le Figaro, sur cette polémique, qui dure depuis plusieurs mois malgré les dénégations des compagnies concernées Emirates, Etihad et Qatar Airways, Frédéric Gagey n'y va pas par quatre chemins.

Prenant le risque de remettre sur la table le dossier épineux des taxes payées par sa compagnie à Aéroports de Paris (ADP), il a rappelé que "Chaque année, Air France et ses passagers versent quelque 500 millions d'euros à Aéroport de Paris".

Principal utilisateur de Roissy et d'Orly, Air France milite pour une stabilité des redevances dont elle s'acquitte alors que la compagnie et ses homologues négocient actuellement avec ADP, l'évolution tarifaire de ces taxes pour les 5 prochaines années.

La Commission européenne s'est saisie du dossier

A contrario, les compagnies du Golfe, selon le PDG d'Air France, "bénéficient notamment de subventions indirectes importantes puisqu'elles s'acquittent de très faibles redevances aéroportuaires dans leur pays".

Il rappelle aussi que "la commission européenne s'est saisie du dossier" il y a quelques semaines, en réponse aux protestations de Paris et Berlin qui y voient une "concurrence déloyale" et demandent des négociations entre l'Union européenne et les pays concernés.

Les compagnies aériennes du Golfe font l'objet depuis une dizaine d'années de critiques et de plaintes en Europe, où leurs concurrentes s'inquiètent de la concurrence des Emirats arabes unis et du Qatar, dont les aéroports sont devenus de gigantesques plateformes de correspondance.

Les mêmes critiques ont récemment été formulées par les compagnies américaines American Airlines, Delta Airlines et United Airlines qui ont demandé, début mars 2014, aux autorités américaines des mesures de protection pour se prémunir d'Emirates, d'Etihad et de Qatar Airways qui ont, selon elles, bénéficié de 42 milliards de dollars d'aides gouvernementales depuis 2004.

F.Bergé avec AFP