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PSA  convoite-t-il Jaguar-Land Rover?

Si Tata Motors a démenti vouloir vendre Jaguar-Land Rover, PSA se dit tout de même toujours "à l'affût d'opportunités"...

Si Tata Motors a démenti vouloir vendre Jaguar-Land Rover, PSA se dit tout de même toujours "à l'affût d'opportunités"... - Daniel Boczarski / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

De nouvelles rumeurs ont agité le titre PSA à la Bourse, lui prêtant l'intention de racheter le groupe Jaguar-Land Rover. Une telle opération est-elle envisageable?

C'est pratiquement devenu un réflexe conditionné. A chaque fois qu'un constructeur automobile est en difficultés, tout le monde regarde du côté de PSA comme candidat potentiel à une reprise ! La rumeur d'un rachat de Jaguar-Land Rover, démentie par Tata Motors, sa maison-mère, n'a suscité que la réponse habituelle de PSA : « Nous ne faisons pas de commentaires, mais restons à l'affût d'opportunités qui permettraient de créer de la valeur »... tout comme les épisodes autour de Fiat-Chrysler.

De la valeur, il est clair qu'une reprise de Jaguar-Land Rover en apporterait très rapidement à PSA. Le groupe français, en pleine forme financière, y ferait même une excellente affaire, tant JLR pèse actuellement sur les comptes de Tata Motors. Sa valorisation en 6 ans a même été divisée par 3 ou 4.

Atouts industriels et technologiques

Une reprise en main « à la Tavares », avec un nettoyage de la gamme, une amélioration de l'efficacité de l'outil industriel, pourrait même devenir salutaire pour Jaguar-Land Rover, qui opère en plus dans certains pays intéressants pour PSA, notamment la Slovaquie, où les deux groupes possèdent des usines.

Et puis Jaguar-Land Rover possède également un sérieux atout technologique nommé I-Pace. Le SUV 100% électrique de Jaguar, voiture de l'année 2019, est l'un des véhicules les plus innovants et efficaces du moment avec sa chaîne de traction électrique archi-sophistiquée, en faisant un des seuls concurrents sérieux aux modèles de l'américain Tesla.

Risques d'exécution

Malgré tout l'opération ne serait pas sans risque. A commencer par une hypothèque inhérente à Jaguar-Land Rover, à savoir le Brexit. L'événement et ses conséquences pratiques risquent de perturber la production automobile en Grande Bretagne au point où les experts estiment qu'elle pourrait chuter de 30% ces prochains mois, pour retomber à son plus bas niveau depuis les années 80.

Les synergies industrielles entre les deux constructeurs ne seraient pas forcément très faciles. PSA qui a donné à sa production une efficacité qui fait des envieux dans toute l'industrie, notamment grâce à sa nouvelle plate-forme modulaire CMP, aurait bien du mal à intégrer au reste de sa production des châssis aussi hétéroclites que ceux de JLR. D'autant que PSA commence à voir ses initiatives sur le haut de gamme prospérer, notamment au travers de la gamme DS.

Trop de CO2 et de Diesel

Mais surtout, c'est le portefeuille de Jaguar-Land Rover qui poserait sans doute le plus de problèmes. Avec ses grosses berlines, sportives, SUV et 4x4, la gamme du groupe possède l'une des plus mauvaises moyennes d'émissions de CO2 de l'ensemble de l'industrie mondiale, à 158g de CO2 au kilomètre. PSA s'étant efforcé de les limiter à 109 grammes, et les prochains objectifs 2021 de la Commission Européenne descendant à 95 grammes, une intégration accélérée de Jaguar-Land Rover compliquerait sérieusement la tâche à PSA.

D'autant qu'un peu plus de 80% des ventes totales de JLR sont encore constituées de Diesel ! Une forme de motorisation désormais mise au ban par les politiques publiques, notamment à l'échelon européen. 

Beaucoup de risques pour une opération qui pourrait fragiliser un équilibre savamment trouvé par PSA ces dernières années, pour conserver sa profitabilité, produire d'important volumes et trouver des relais de croissance ciblés. Seul un rachat partiel des actifs les plus intéressants pourrait éventuellement constituer une vraie belle opportunité sans trop de risque d'exécution. Il est clair que PSA doit y réfléchir....