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Pourquoi l'aide à PSA Finance pourrait ne rien coûter à l'Etat

Le sauvetage de la banque de la marque au Lion devrait même rapporter de l'argent à l'Etat

Le sauvetage de la banque de la marque au Lion devrait même rapporter de l'argent à l'Etat - -

La garantie de sept milliards d’euros apporté par l’Etat à la banque du constructeur automobile ne signifie pas que la France va tout de suite payer pour PSA. Mieux, si on en croit Pierre Moscovici, elle pourrait même rapporter de l’argent à l’Etat.

Après le Crédit Immobilier de France (CIF) et Dexia, PSA Finance va être le troisième établissement bancaire à bénéficier de la garantie de l’Etat, à raison de sept milliards d’euros jusqu’en 2015. Cette aide du gouvernement va toutefois être accompagnée de contreparties importantes pour le constructeur automobile. Le point sur ce dispositif en quelques questions.

>Concrètement qu’apporte cette garantie à PSA Finance?

En mettant en jeu sa garantie, l’Etat agit comme une caution pour PSA Finance sur ses prêts. Lorsque PSA va émettre des titres de dettes pour assurer son financement, les investisseurs sauront que l’Etat appuie PSA et donc que le risque lié aux emprunts de PSA est faible. En conséquence, ils vont exiger des taux d’intérêts plus bas pour accepter de financer PSA Finance.

>Cela veut-il dire que l’Etat va débourser de l’argent?

Non, du moins pas tout de suite. La garantie de l’Etat signifie simplement qu’en cas de défaut de PSA Finance sur ses titres de dettes, la France viendra rembourser les créanciers de PSA Finance jusqu’à sept milliards d’euros. Et encore, l’Etat ne mettra de l’argent que si PSA ne peut elle-même dédommager l’intégralité des remboursements non perçus par ses créanciers. Ce chiffre de sept milliards n’est pas anodin.

Comme le fait remarquer, Pierre Bergeron analyste crédit spécialiste du secteur automobile à la Société Générale, "il correspond à peu près" aux échéances de dette obligataires de PSA Finance, jusqu’en 2015. Celles-ci sont de deux milliards en 2014, 2,4 milliards en 2013 et 2,2 milliards en 2015. Ainsi si PSA Finance ne fait pas défaut d'ici 2015, ce qui est très probable, l’Etat français ne devra rien payer.

En fait cette opération devrait même être bénéficiaire pour Bercy car l’apport de cette garantie va être rémunéré, c’est-à-dire que PSA devra verser de l’argent à l’Etat. Pierre Moscovici, ministre de l’Economie et des Finances, a ainsi assuré au journal Les Echos, que la garantie de sept milliards d’euros rapportera "500 millions d’euros au Budget". Cet argent servirait alors à alimenter un fonds pour la filiale automobile, rapporte le quotidien économique.

>Pourquoi l’Etat a-t-il décidé de mettre sa garantie en jeu?

Outre le fait de pouvoir mettre la pression sur PSA pour obtenir des concessions sur les réductions d’effectif, cette opération doit surtout assurer la liquidité de PSA Finance. Contrairement à d’autres banques, cette dernière ne collecte pas de dépôt, même si elle compte mettre en place un livret d’épargne d’ici janvier 2013.

La conséquence est simple : PSA Finance n’a recours qu’aux marchés et aux banques pour assurer son refinancement. A fortiori les marchés financiers : selon le rapport semestriel de la banque, cette source représentait 61% des financements de la banque au 30 juin 2012, c’est-à-dire 13,4 milliards d’euros.

Or, la situation de PSA Finance sur les marchés s’est justement compliquée. Le 10 octobre dernier, Moody’s a dégradé la note de PSA à "Ba3". Problème: PSA Finance dépend énormément de la situation financière de sa maison mère. Du coup cette dégradation fait craindre une hausse du coût d’emprunt de PSA Finance.

Ainsi la garantie de l’Etat vise à contrecarrer cet effet négatif en rassurant les investisseurs. Et l’enjeu est de taille: selon PSA 30% des clients achetant un véhicule du groupe font appel à un prêt de PSA Finance, sans compter les concessionnaires. En 2011 La banque a ainsi financé 843 810 véhicules pour ses clients.

Julien Marion