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Pourquoi l'action Air France-KLM chute après la démission de Juniac

Une démission qui pourrait mettre à mal la stratégie d'Air france-KLM

Une démission qui pourrait mettre à mal la stratégie d'Air france-KLM - AFP

"La décision inattendue d'Alexandre de Juniac d'abandonner son poste de pilotage pour diriger l'Iata, pourrait mettre à mal le redressement de la compagnie aérienne. Une incertitude qui pèse sur le titre en Bourse."

Après l’annonce surprise mardi soir du départ d’Alexandre de Juniac pour prendre les rênes de l’association internationale du transport aérien (Iata), les premières inquiétudes apparaissent autour d'Air France-KLM. Tout d’abord, en Bourse, où les investisseurs ont décidé de sanctionner cette nouvelle, l'action de la compagnie aérienne franco-néerlandaise cédant près de 3,5% à midi. Ensuite, le fait que sa succession n'ait visiblement pas été anticipée laisse à penser que le PDG a pris tout le monde par surprise en annonçant sa démission. Un avis que partage Oddo, qui parle même de décision "brutale", ce qui envoie un signal clair aux parties prenantes de la société: "Je jette l’éponge".

Il faut dire que la gronde des pilotes couplée à l’arrivée de Gilles Gateau, l’ex-directeur adjoint de cabinet de Manuel Valls, en tant que directeur des ressources humaines ont certainement fragilisé encore plus la position du PDG dans l'entreprise. Pour Oddo, quelle que soit la nature de l’événement qui a motivé cette décision, "le signal sur la réussite du redressement est nécessairement négatif" alors qu'Air France-KLM venait juste de renouer avec les bénéfices en 2015 (118 millions d’euros) après sept années de ciel gris.

Qui pour le remplacer ?

Se pose désormais la question du remplacement. En interne, les solutions naturelles ne manquent pas. Peter Elber (DG de KLM), Frédéric Gagey (DG d’Air France) ou encore Lionel Guérin (DG de Hop !) peuvent légitimement briguer la succession. D'autant que la compagnie franco-néerlandaise aura peut-être un peu de mal à attirer des grands noms. Fabrice Brégier (Airbus), Alexandre Bompard (Fnac) font partie des noms les plus souvent cités avec celui de Guillaume Pepy (SNCF) qui a d'ores et déjà fait savoir qu'il était très bien à son poste.

"Si Alexandre de Juniac a été réellement empêché à de multiples reprises de dérouler sa stratégie, nous ne voyons pas ce qui attirerait un leader charismatique à la tête d’Air France-KLM", souligne Oddo, pour qui, le risque pour les investisseurs dans une telle situation est double : "la nomination d’un management de transition qui ne pèserait pas très lourd dans les négociations salariales ou les négociations de partenariats stratégiques et la nomination d’un PdG 'technocrate' qui utiliserait la manne carburant pour introduire plus de flexibilité dans le plan actuel."

L'action surperforme le CAC 40

Si la période d’incertitude qui s’ouvre repousse certainement l’annonce de nouvelles mesures à la fin de l’exercice, elle n'empêche pas la compagnie de surperformer le CAC 40. En effet, depuis le début de l’année, l’action Air France-KLM gagne près de 17% quand l'indice parisien perd plus de 8%. Il faut dire qu’on est très loin des plus hauts historiques du groupe d’avant crise où l’action cotée près de 40 euros en 2007. Désormais, valorisée à 2,4 milliards, la société ne vaut pas plus que six Airbus A380 au prix catalogue (394 millions d’euros) et 3,5 fois de moins que la valeur de la flotte enregistrée dans les comptes de l’entreprise (8,8 milliards d’euros).

Sami Bouzid