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Nissan investit 1,9 milliard d'euros pour secourir Mitsubishi

Le PDG de Nissan Carlos Ghosn (à gauche) et celui de Mitsubishi, Osamu Masuko (ici en 2010).

Le PDG de Nissan Carlos Ghosn (à gauche) et celui de Mitsubishi, Osamu Masuko (ici en 2010). - AFP- Kazuhiro Nogi

"Nissan va racheter 34% du capital du constructeur nippon dont il est déjà le partenaire. Mitsubishi est en difficulté après la découverte de fraudes pour embellir les performances énergétiques de ses véhicules."

C'est confirmé: Nissan va monter au capital de Mitsubishi pour le sauver. Le constructeur d'automobiles japonais va acquérir, via une augmentation de capital, 34% de son compatriote, qui se débat dans un scandale de fraude. Le montant total investi s'élève à 237,36 milliards de yens soit 1,9 milliard d'euros, selon des documents officiels publiés jeudi et transmis à l'Agence des services financiers. 

Mercredi soir, le journal japonais Nikkei affirmait que le constructeur japonais dirigé par Carlos Ghosn s’apprêtait à investir 200 milliards de yens (soit 1,6 milliard d’euros) pour contrôler 30% du capital de Mitsubishi.

Recomposition de l'industrie automobile japonaise

"Nissan et Mitsubishi sont en pourparlers sur différents sujets dont une coopération capitalistique, mais rien n'a été décidé. Nous prévoyons de discuter de ce sujet et d'autres lors d'un conseil d'administration ce jour et ferons une annonce en temps voulu", a déclaré Nissan dans un communiqué mercredi soir, tandis que Mitsubishi Motors faisait une annonce similaire.

Désormais confirmée, cette transaction pourrait préfigurer une recomposition de l'industrie automobile japonaise, riche de huit constructeurs et même d'une dizaine en comptant les fabricants de poids lourds. Avec cette opération, Nissan deviendrait le plus important actionnaire de Mitsubishi Motors Corporation (MMC), devant Mitsubishi Heavy Industries (MHI) qui détient 20% des titres.

Le PDG de Nissan Carlos Ghosn doit tenir une conférence de presse ce jeudi à Yokohama, pour commenter les résultats annuels. Il en dira probablement plus sur cet investissement.

Déjà partenaires

Pour rappel, les deux groupes sont déjà partenaires: Nissan fournit des berlines à Mitsubishi, qui fabrique de son côté des mini-véhicules pour Nissan. C'est d'ailleurs ce dernier qui a découvert des irrégularités concernant la mesure de consommation de carburant de ces voitures de petit gabarit, populaires au Japon.

Mitsubishi avait d'abord, le 20 avril, fait part de manipulations de données sur quatre modèles pour embellir leurs performances énergétiques. Il a ensuite reconnu avoir utilisé des tests non homologués au Japon depuis 25 ans, les "suspicions" portant sur plusieurs modèles, dont neuf toujours en vente. Depuis ces révélations, les commandes de Mitsubishi Motors ont plongé dans l'archipel, de même que l'action - qui s'est effondrée de plus de 40% -, suscitant des inquiétudes sur l'avenir du groupe, un des plus petits constructeurs japonais avec seulement un million de véhicules vendus par an.

Face à cette affaire désastreuse pour sa réputation, déjà ternie par des camouflages de défauts sur divers véhicules dans les années 2000, et qui risque de lui coûter cher (dommages et intérêts à verser aux clients, éventuelles amendes des autorités...), la firme est dans une très mauvaise posture.

Mercredi, ses dirigeants avaient assuré pouvoir gérer la crise sans avoir à recourir à l'aide des sociétés de la galaxie Mitsubishi, qui étaient venues à sa rescousse lors du précédent scandale et viennent de solder les traces de cette affaire. "Nos finances sont relativement saines. À ce stade, je pense que nous pouvons nous en sortir seuls", avait affirmé son président du conseil d'administration, Osamu Masuko.

Complémentarités technologiques

À long terme cependant, continuer en toute indépendance paraît plus compliqué. "Il y a une logique dans cette opération: Mitsubishi Motors n'a clairement pas les ressources d'ingénierie pour poursuivre sa route dans un univers aux rapides mutations technologiques", a commenté pour l'agence Bloomberg Maryann Keller, une analyste spécialiste du secteur automobile.

Le projet fait sens, Nissan et Mitsubishi disposant de complémentarités technologiques (électrique et hybride) et géographiques. Nissan est ainsi très présent aux États-Unis, et Mitsubishi Motors bien implanté en Asie du sud-est. Mitsubishi peut aussi faire valoir ses deux produits vedettes: les 4x4 et les mini-voitures, un secteur en plein chamboulement alors que Toyota a récemment décidé d'acquérir la totalité de sa filiale Daihatsu. 

De manière plus large, cette transaction pourrait entraîner d'autres changements dans l'industrie automobile mondiale, où les partenariats sont nombreux. Mitsubishi Motors opère ainsi une usine en Russie avec le Groupe PSA, principal concurrent de Renault qui détient 43% de Nissan dans le cadre d'une alliance nouée en 1999.

Article mis à jour le 12 mai à 9h08 suite aux documents transmis par Mitsubishi à l'Agence des services financiers (FSA).

A.R. avec AFP