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La SNCM demande 65 millions d'euros à la Corse

La SNCM réclame de l'argent à la Corse

La SNCM réclame de l'argent à la Corse - -

La Collectivité territoriale de Corse (CTC) doit 65 millions d'euros à la SNCM, a déclaré le président du directoire de la SNCM, Marc Dufour, vendredi 18 octobre. La CTC ne le voit pas de cet oeil.

La SNCM tape du poing sur la table. Le président du directoire de la SNCM, Marc Dufour, a affirmé vendredi 18 octobre que la compagnie maritime souffrait d'une créance impayée de 65 millions d'euros due par la Collectivité territoriale de Corse (CTC).

"Au 31 décembre, la créance dépassera les 65 millions d'euros. Quelle entreprise peut porter 65 millions d'euros de retard ou d'impayé de la part d'un de ses principaux clients", a demandé Marc Dufour lors d'une conférence de presse.

"Nous avons tenté de négocier, sans succès. Nous avons donc obtenu, le 11 octobre, du tribunal de commerce de Marseille, en accord avec nos actionnaires, la désignation d'un conciliateur de justice afin de récupérer les sommes dues", a-t-il dit.

Saisir le tribunal administratif

Le président de l'Office des transports de la Corse, Paul-Marie Bartoli, a souligné dans un communiqué que "si la compagnie estimait que ces sommes lui étaient dues, elle devait agir en conséquence et saisir le tribunal administratif, seul juge compétent, pour qu'elles lui soient payées; or, à ce jour, la SNCM n'a saisi le tribunal administratif que pour le prétendu surcoût carburant de l'année 2010, et réclame à la CTC, non pas 23 millions d'euros, mais 3,5 millions d'euros."

Paul-Marie Bartoli a ajouté qu'un article du journal Le Monde, intitulé " La SNCM menace de déposer son bilan en novembre" avait été "manifestement rédigé sans que les informations aient été vérifiées et confrontées aux règles de droit" et qu'il est "regrettable que l'auteur de l'article n'ait pas jugé opportun de recouper les informations."

Difficulté de trésorerie

Concernant une condamnation par la Commission européenne à un remboursement de 220 millions d'euros d'aides publiques, Marc Dufour a par ailleurs affirmé que "nous avons les moyens de répondre avec efficacité sur le plan juridique".

Or le créancier de cette somme est la CTC, qui a informé Veolia qu'elle pourrait se retourner vers lui si la SNCM s'avérait insolvable.

Selon la commission européenne, une partie de la délégation de service public (DSP) attribuée entre 2007 et 2013, le "service complémentaire" (renforcement des lignes en haute saison), ne pouvait être incluse dans cette délégation.

La SNCM fait face à des difficultés de trésorerie et s'est tournée vers Transdev, son principal actionnaire (filiale de Veolia et de la Caisse des Dépots), afin d'obtenir un relais de trésorerie de 30 millions d'euros, a rappelé Marc Dufour.

"L'entreprise n'est pas endettée, nous disposons d'environ 300 millions d'euros d'actifs. Au niveau de son bilan, l'entreprise est saine. Nous avons de quoi garantir des prêts relais mais cette décision appartient à l'actionnaire", a dit Marc Dufour.

"Sortir de l'ambiguïté"

Mais la SNCM est prise entre un actionnaire, Veolia, qui ne veut pas payer, et l'Etat qui doit "sortir de l'ambiguïté dans laquelle il se trouve actuellement afin de rassurer son partenaire et l'entreprise", a estimé l'avocat de la compagnie de navigation, Jean-Pierre Mignard.

"Je n'ose croire que Veolia, qui est lié à Marseille par la gestion des eaux (...) va avoir le culot d'encaisser trois milliards d'un côté, et de liquider 1.000 emplois de l'autre", a dit le député socialiste des Bouches-du-Rhône, Patrick Mennucci, candidat à la primaire de son parti pour la mairie de Marseille.

Patrick Mennucci propose de "repousser la date du vote" de la communauté urbaine attribuant les DSP de gestion des eaux de Marseille à Veolia, prévu le 25 octobre pour "faire pression" sur Veolia.

Diane Lacaze & AFP