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La mortalité au volant est-elle liée à l'état de la corruption dans un pays?

La corruption dans un pays exerce des influences directes ou indirectes sur la sécurité routière.

La corruption dans un pays exerce des influences directes ou indirectes sur la sécurité routière. - PORNCHAI KITTIWONGSAKUL / AFP

"Le nombre d'accidents mortels au volant serait corrélé au niveau de corruption des autorités du pays et pas seulement à son niveau de vie. Plusieurs études ont établi un lien troublant entre ces deux statistiques."

Si le nombre d'accidents mortels en voiture croît généralement avec l'élévation du niveau de vie d'un pays, y aurait-il aussi un lien avec le niveau de corruption sévissant dans le pays considéré? Pour le site anglais d'informations CityMetric, spécialisé dans les analyses des phénomènes urbains, il y a, au minimum, une forte corrélation entre la mortalité au volant et le niveau de respect de l'État de droit dans un pays. 

La Roumanie est ainsi pointée du doigt par ce site d'information. Dans ce pays, le taux élevé d'accidents mortels au volant, qui en 2013, atteignait encore 8,7 pour 100.000 habitants (contre 2,9 au Royaume-Uni) est mis en rapport avec son score relativement faible de 62 sur 100 concernant l'indice de respect des règles liées à l'État de droit. Établi par World Justice Project pour 102 pays, ce classement met en revanche en valeur le Danemark et la Norvège, qui affichent chacun 87/100. La France, elle, est notée 74/100, et comptabilise 5,1 accidents mortels pour 100.000 habitants.

Le site d'information Quartz a prolongé cette analyse en mettant à l'index la Thaïlande. Ce pays cumule l'accidentologie au volant la plus élevée au monde avec 36 morts pour 100.000 habitants (statistiques OMS pour 2013) et un indice très moyen de respect des règles d'un État de droit, estimé à 52 sur 100, par World Justice Project. 

Ce graphique met en relation la mortalité routière  pour 100.000 habitants (source OMS) et l'indice de respect des règles de l'Etat de droit, établie par World of Justice.
Ce graphique met en relation la mortalité routière pour 100.000 habitants (source OMS) et l'indice de respect des règles de l'Etat de droit, établie par World of Justice. © Quartz.com

Certes, corrélation n'implique pas causalité. Mais une autre étude, datant de 2010, publiée à l'époque par l'éditeur Elsevier, va dans le même sens. Cette étude identifie surtout les influences directes et indirectes du niveau de corruption d'un pays sur la mortalité routière.

Les premières ont trait à la faible application des règles de bonne conduite par les forces de police ou les juges. Ces autorités chargées de faire appliquer la loi sont alors démotivées, corruptibles ou sans pouvoir, ce qui peut entraîner un laxisme généralisé sur les routes, les fautes étant rarement sanctionnées ou les sanctions rarement appliquées.

Les influences indirectes de la corruption seraient liées au détournement des fonds publics dédiés aux infrastructures. Il en résulte des routes dégradées ou des structures (auto-ponts par exemple) en mauvais état ou insuffisamment sécurisées dont l'utilisation par les automobilistes devient source d'accident.

Si ces corrélations sont troublantes, elles suggèrent aussi l'existence d'un lien plus général entre la bonne gouvernance d'un pays et le risque de mortalité sur les routes. C'est ce que suggère une autre étude, datant de 2010. Effectuée sur 46 pays, cette analyse étudiait les liens entre la qualité de la gouvernance, la dimension culturelle et la mortalité routière. Sa conclusion est limpide: toute amélioration de la qualité de la gouvernance d'un pays et de ses institutions exerce une influence positive sur la sécurité routière.

Frédéric Bergé