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Elisabeth Borne valide le projet du CDG Express et provoque la colère d’élus et d’usagers du RER B

Le CDG Express doit relier Paris à l'aéroport de Roissy en 20 minutes.

Le CDG Express doit relier Paris à l'aéroport de Roissy en 20 minutes. - JOEL SAGET / AFP

La ministre des Transports a confirmé la construction du CDG Express, un projet qui fait craindre des perturbations dans les transports du quotidien et en particulier sur le RER B. Les usagers de cette ligne ainsi que des élus dénoncent vivement cette décision.

Le CDG Express va se faire. La ministre des Transports Elisabeth Borne a confirmé ce mardi la construction de cette ligne rapide qui doit relier Paris à l’aéroport de Roissy en 20 minutes pour un ticket à 24 euros. Cette décision fait suite à un rapport du préfet de région et à une concertation. Le lancement prochain du CDG Express a fait réagir de nombreux usagers des transports franciliens, en particulier ceux du RER B, très actifs sur les réseaux sociaux.

"Votre décision ne peut être que celle d’une personne qui ne vit pas l’enfer quotidien du RER B et de ses dysfonctionnements bien trop réguliers", tweete l’un d’eux. "Ce n’est pas demain que nous voyagerons dignement. Merci aux politiciens déconnectés du réel: nul doute que les promesses d’Elisabeth Borne seront comme la ponctualité des RER B un leurre", ajoute un autre.

La crainte de conséquences sur les lignes existantes

Depuis de nombreux mois, ce projet est contesté par des collectifs ou associations d’usagers des transports franciliens ainsi que par des élus d’Ile-de-France. En janvier, une centaine d'élus et associations avaient demandé l'abandon de la ligne dans une lettre adressée au préfet de région.

En cause, les conséquences des travaux sur les lignes du quotidien, les lignes H et K du Transilien, le RER D et surtout le RER B, la deuxième ligne d’Europe qui transporte au quotidien 900.000 voyageurs. La construction du CDG Express suit en effet en partie le tracé du RER B.

Même si Elisabeth Borne assure que le calendrier de construction du CDG Express pourra être adapté pour limiter les dégradations dans les transports, les détracteurs du CDG Express estiment être "sacrifiés" au profit d’une ligne qui ne profitera pas aux usagers du quotidien, car trop chère. 

Ces voyageurs ont reçu le soutien d’élus. Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France a fait part de son inquiétude pour les voyageurs de la ligne B mais reste convaincue de l'importance du projet. D'autres élus estiment que la concertation avec le préfet n’aura servi à rien et dénoncent l'abandon des usagers des transports. 

"Contrairement à ce qu’affirme la Ministre, les transports du quotidien ne sont visiblement pas la priorité de ce gouvernement. On fait ainsi le choix de privilégier 20.000 hypothétiques usager.e.s du Charles de Gaulle Express aux 900.000 usager.e.s franciliens quotidien.ne.s du RER B", écrit sur Facebook Stéphane Troussel, président du département de Seine-Saint-Denis.

"On se moque de nous!"

Tous appellent à une modernisation des lignes existantes et à une amélioration des conditions de transport. La ministre des Transports argue elle que le CDG Express est financé et pris en charge à 100% par le privé et que sur 1,8 milliard d’euros investis dans le projet, 530 millions iront à l’amélioration du RER B.

Elisabeth Borne compte aussi s’appuyer sur 15 recommandations du préfet de région issues d’une concertation autour du CDG Express pour limiter les perturbations. Pour le conseiller de Paris Didier Le Reste (PCF), également président de l'association "Non au CDG Express", ces recommandations du préfet n'empêcheront pas la dégradation du service.

"Il nous a parlé de bus! Mais vous savez combien il en faudrait pour transporter 300 000 personnes un jour de coupure du RER B ? On se moque de nous!", s'emporte-t-il dans Le Parisien

Le président de l'association "Non au CDG Express" doit tenir une conférence de presse sur le sujet vendredi. En attendant l'association Plus de trains appelle les usagers à une action symbolique pour "manifester leur exaspération" en brandissant un carton rouge sous le panneau de leur gare. 

repousser la mise en service du cdg express après les j.o ?

Initialement, le CDG Express doit être mis en service en 2024, année des Jeux olympiques de Paris. Si l'objectif reste d'actualité, la ministre des Transports a émis l'hypothèse d'adapter le calendrier s'il s'avérait irréalisable. L'Association des usagers des transports d'Ile-de-France (AUT) plaide en ce sens.

"Les J.O vont durer 3 semaines au mois d'août, une période où il y a moins de monde dans les transports. Il n'y a pas d'impératif à ce que le CDG Express soit mis en place à cette date là. Il faut du bon sens, on ne peut pas tout faire en même temps", souligne Bernard Gobitz, vice-président de l'association.

A la différence d'autres, son association ne plaide pas pour l'abandon du projet mais interpelle sur le nombre de chantiers planifiés.

"Il y a environ 15 grands projets au nord de l'Ile-de-France qui s'ils sont réalisés tous ensemble perturberont fortement les trains. Nous ne disons pas qu'il ne faut pas les faire, mais il faut absolument étudier les différentes interférences pour éviter des perturbations excessives", insiste-t-il.

Carole Blanchard