BFM Business

Comment Renault-Nissan veut faire croître ses ventes de 40% en 5 ans

L'Alliance va dévoiler début octobre son nouveau plan stratégique pour la période 2018-2022. Selon les premiers éléments obtenus par BFM Business, Renault compte notamment mettre le cap sur de nouveaux territoires comme l'Indonésie et la Thaïlande.

L’Alliance Renault-Nissan va se donner les moyens de rester premier constructeur mondial. Le groupe va ainsi présenter début octobre un nouveau plan stratégique pour la période 2018-2022, dont BFM Business dévoile les premiers éléments. L’Alliance veut faire croître ses volumes de manière spectaculaire.

Le premier objectif fixé par Carlos Ghosn à ses équipes est ainsi une progression du chiffre d'affaires de 40% pour atteindre les 70 milliards d’euros. Plus que jamais il s’agit de jouer la carte des volumes pour rester, et de loin, cette fois-ci, le premier constructeur mondial.

L’Alliance Renault-Nissan ira d’abord chercher la croissance par l’extension géographique de ses réseaux, recueillant parfois, d’ailleurs, les fruits d’investissements qui avaient été contestés. Le Brésil et la Russie, par exemple, ont traversé des crises profondes, Renault n'a jamais voulu désinvestir, et Carlos Ghosn affirme maintenant que ce seront les prochaines cash machines du groupe. La Turquie le sera aussi, dans une moindre mesure. Mais Renault veut aussi conquérir de nouveaux territoires: Indonésie et Thaïlande, c'est là que l’Alliance va profiter à plein des nouvelles synergies avec Mitsubishi dont les usines sont bien implantées en Asie du sud-est.

Cap sur les synergies

En revanche, et ce point pourrait surprendre les marchés, Carlos Ghosn n’a pas l’intention d’entrer dans la nouvelle bataille de l’industrie automobile: celle de la marge opérationnelle. L’objectif pour 2022 n’est qu’en faible progression (7%, alors qu’elle atteint aujourd’hui 6,4%). À titre de comparaison PSA est déjà à 7,3% et l’industrie allemande vise les 10%.

Carlos Ghosn veut avant tout privilégier les synergies industrielles entre les trois grandes marques de l’Alliance: Renault, Nissan et Mitsubishi. Un autre objectif ambitieux a été fixé en ce sens: plus de 50% de pièces communes sur tous les véhicules des trois marques en 2022, et la possibilité donnée à chaque usine de fabriquer tous les modèles de ses partenaires. Il s'agit là d'une arme redoutable pour épouser les différents cycles mondiaux de l’industrie automobile et faire basculer les volumes d’un continent à l’autre. C’est aussi, pour les usines françaises, une garantie de montée en charge, de préservation des emplois, et donc de relations apaisées avec l’État.

Mais cette "offensive synergie" apparaîtra aussi comme le ciment ultime de l’Alliance. Carlos Ghosn l’a dit à plusieurs reprises, une fusion capitalistique entre Renault et Nissan est impossible aujourd’hui, et les conditions pour la réussir sont beaucoup trop nombreuses pour en faire un objectif raisonnable à horizon 2022. Les synergies vont donc permettre de faire ce que les exigences des japonais et la présence de l’État français interdisent: Renault, Nissan et Mitsubishi resteront en façade des entreprises distinctes, mais industriellement, elles ne feront plus qu'un.

Mathieu Sévin