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Comment l'Etat fait trembler l'alliance Renault Nissan

Carlos Ghosn pourrait décider de faire monter Nissan au capital de Renault pour contrer l'Etat.

Carlos Ghosn pourrait décider de faire monter Nissan au capital de Renault pour contrer l'Etat. - ERIC PIERMONT - AFP

Les deux constructeurs organisent ce jeudi une réunion extraordinaire pour évoquer le renforcement de l'Etat au capital. Une éventualité qui ferait vaciller l'équilibre de l'attelage Renault-Nissan.

L'Etat veut peser dans Renault mais ne souhaite pas diriger le constructeur automobile à la place de ses dirigeants, a déclaré jeudi le ministre français des Finances Michel Sapin. En dépit de ces propos rassurants, chez Renault, la décision du gouvernement d'augmenter sa participation dans le constructeur, intervenue la semaine dernière, ne passe visiblement pas. Le patron, Carlos Ghosn, a convoqué ce jeudi en fin de journée un conseil d'administration extraordinaire sur le thème "l'évolution de l'actionnariat du groupe".

En montant au capital, le gouvernement veut forcer le constructeur à adopter des droits de vote doubles, qui donnent plus d'avantages aux actionnaires de long terme. Une initiative que le constructeur perçoit comme un coup de force politique, qui oblige le président de l'alliance, Carlos Ghosn, à clarifier la situation concernant Nissan, souligne Les Echos. Le constructeur japonais est actionnaire de Renault à seulement 15%, alors que la marque au losange est actionnaire de son partenaire à un peu plus de 44%. Une répartition paradoxale puisque c'est bien le nippon qui a le plus participé à la profitabilité du groupe.

Nissan pèse lourd en profits mais peu en AG

En termes de ventes par exemple, Nissan en réalise 68%, contre 32% en faveur de Renault aujourd'hui. Parallèlement, Nissan ne profite d'aucun droit de vote lors des assemblées générales de Renault. D'où un potentiel bouleversement des équilibres de l'alliance si l'Etat obtient des droits de votes double. Pour le constructeur japonais, ce pourrait être la goutte d'eau qui fait déborder le vase, qui l'entraînerait à dire tout haut ce que, jusque-là, il pensait tout bas. A savoir qu'il plaide pour un renforcement de sa place dans l'attelage qu'il forme avec Renault depuis 1999.

Plusieurs actions capitalistiques pourraient participer à augmenter le poids de Nissan dans le groupe. Des actions qui, fortuitement, pourraient aider Renault à contrer l'Etat lors de l'assemblée générale prévue pour le mois de mai prochain. Problème: cela risquerait de remettre en cause l'équilibre toujours plus instable entre les deux entités, que Carlos Ghosn essayait de maintenir malgré tout.

En somme, cette histoire risque de virer, soit à l'affrontement politique, soit à l'affrontement international au cœur de Renault et Nissan. Des proportions invraisemblables au regard de la technicité du texte qui motive cette décision de l'Etat: la "loi Florange". Cette mesure adoptée en 2014 prévoit que, sauf décision contraire des AG, les actionnaires qui conservent leurs actions pendant au moins deux ans soient récompensés par l'octroi de droits de vote doubles. Au sein du CAC 40, cette mesure divise fortement: sur les quarante entreprises qui composent l'indice, 22 ont adopté des droits de vote doubles.

Guillaume Paul, édité par N.G.