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Combien coûte le dernier rappel de véhicules Volkswagen?

Le rappel de 800.000 SUV Touareg et Cayenne ne plombera pas les comptes du groupe allemand.

Le rappel de 800.000 SUV Touareg et Cayenne ne plombera pas les comptes du groupe allemand. - Volkswagen AG

"Au conducteur, rien du tout, et au constructeur allemand, pas grand-chose non plus. Décryptage du coût d’un rappel classique dans l’industrie automobile."

Volkswagen a rappelé le 24 mars un peu plus de 800.000 Touareg et Porsche Cayenne dans le monde, pour changer un circlip sur une pédale. En ajoutant cette dernière campagne, le groupe allemand cumule depuis le début de l’année le rappel de 12 millions et demi de véhicules. Avec un tel chiffre, l’addition s’annonce a priori salée.

Si on exclut les 11 millions de véhicules rappelés suite au scandale, dont le coût sera surtout déterminé par le résultat des différentes procédures judiciaires en cours, combien coûte un rappel "classique" comme celui des Touareg et Cayenne? Pas tant que ça en réalité.

Main d’œuvre plus coût de la pièce

Une procédure de rappel est un phénomène classique dans l’industrie automobile, donc prévu dans le schéma financier du constructeur. Pour chiffrer un rappel, il faut prendre en compte le coût de la main d’œuvre pour changer la pièce incriminée, ou la réparer, auquel s’ajoute le coût de la pièce à remplacer.

Volkswagen précise que l’intervention sur les Touareg et Cayenne ne prendra pas plus d’une demi-heure. "Si on estime raisonnablement le montant global à 100 euros par heure, pièce incluse, cela donne environ 50 euros par client, détaille un expert du secteur. 50 euros multiplié par 800.000, on atteint les 40 millions d’euros". Avec un chiffre d’affaires 2014 dépassant les 200 milliards d’euros, Volkswagen verra à peine passer ce rappel dans ces comptes.

Coûts absorbés par le réseau

En réalité, le coût du rappel Touareg/Cayenne est beaucoup moins élevé. Beaucoup plus complexe à chiffrer aussi. "A peine quelques millions d’euros pour 800.000 véhicules", certifie un autre expert. Le circlip est en effet une toute petite pièce qui vaut à peine quelques centimes d’euros. "Pour le réseau, un sachet de 1.000 circlips vaut moins de 1 euro", poursuit-il.

Reste la main d’œuvre. "Le coût de la main d’œuvre n’est vraiment essentiel que pour les rappels complexes, comme lorsque BMW a changé les culasses de nombreux modèles il y a quelques années, explique notre deuxième expert. En général, le client passe au garage, aucune facture n’est établie, c’est une opération blanche".

Et quand il faut payer, ce n’est souvent pas le constructeur qui le fait. "Le réseau peut ainsi se sentir lésé dans une opération de rappel. Son indemnisation par le constructeur peut être prévue pour une intervention d’une heure. Si l’intervention dure plus longtemps, le dépassement est à la charge du réseau", explique notre premier spécialiste. Souvent aussi, le client paye ce type de campagne sans le savoir. "Le coût de garantie est compris dans le prix de vente du véhicule, ce qui revient de 500 à 1.000 euros pour un véhicule de 20.000 euros, souligne notre second consultant. Mais c’est vrai pour tous les produits aujourd’hui, du smartphone au robot ménager. Une voiture compte plus de 10.000 pièces, il est normal d’enregistrer des défaillances et les constructeurs prennent leurs responsabilités".

Une affaire d’image

Si le coût financier d’un rappel comme celui des Touareg et Cayenne apparaît donc bien peu élevé pour le constructeur, l’impact sur son image est un autre coût induit. Mais là encore, un rappel n’est pas toujours aussi désastreux qu’annoncé, quand il n’y a bien évidemment ni triche, ni vie humaine en jeu. "L’effet positif d’un rappel est qu’il oblige le propriétaire à repasser au garage de la marque, qu’il ne fréquentait peut-être plus pour l’entretien de son véhicule, et donc à rétablir la relation avec le constructeur. C’est crucial pour fidéliser le client", explique Marc Boilard, associé en charge du secteur automobile au sein du cabinet Oliver Wyman. Si le groupe réussit ce genre d'opération suite au rappel des voitures à moteurs truqués, comme Toyota en 2009, l'Allemand limiterait alors l'impact au moins médiatique de sa tricherie.

Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Cheffe de service BFM Auto