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Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse de Carlos Ghosn

Fuite au Liban, vraies et officieuses raisons de son arrestation, avenir de Renault-Nissan... Très offensif, Carlos Ghosn a détaillé sa ligne de défense.

La très attendue conférence de presse de Carlos Ghosn depuis le Liban, ce mercredi, a tenu ses promesses. L'ancien patron de l'alliance Renault-Nissan, accusé au Japon de malversations financières et en fuite au Liban, s'est attaché à démontrer qu'il est victime d'un complot. Voilà ce qu'il fallait retenir.

- La fuite au Liban:

C'est le seul point où Carlos Ghosn est le moins disert. "Je ne peux pas parler de ma fuite, car si je le fais je vais exposer beaucoup de personnes à des problèmes. Un jour, peut-être, vous connaîtrez la réalité. Dans vingt ans, je pourrai peut-être confirmer ou infirmer ces informations !"

"Il n'y avait aucune chance que je sois traité équitablement. J'étais l'otage d'un pays que j'avais servi pendant 17 ans",a-t-il également expliqué.

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- Une arrestation "sans fondement":

"J'ai été arrêté pour n'avoir pas déclaré une rémunération qui ne m'avait pas été payée et qui n'avait même pas été décidée", a expliqué Carlos Ghosn.

Et d'expliquer: "Le procureur m'a dit: 'nous allons vous arrêter pour avoir minimisé votre compensation dans les rapports financiers'. J'étais choqué, je ne comprenais pas. 'Quelle rémunération?', j'ai demandé. Et on m'a dit: 'nous vous arrêtons pour avoir dissimulé des rémunérations qui ne vous ont pas encore été payées'. Et donc j'ai été surpris: 'je n'ai pas encore été payé?' On m'a dit 'oui'. Et tout cela n'est pas passé par le conseil d'administration donc ça n'avait pas été décidé. Donc j'ai été arrêté pour une rémunération qui n'était pas encore fixée, qui n'avait pas été décidée et qui n'avait pas encore été payée. C'est pour cela que j'ai été arrêté. Et je peux vous dire que dans de nombreux pays, ce n'est pas une raison pour arrêter quelqu'un, ce n'est pas une affaire criminelle, ce n'est même pas une infraction". 

"Certains de nos amis japonais ont pensé que la seule manière de se débarrasser de l'influence de Renault sur Nissan était de se débarrasser de moi", ajoute Carlos Ghosn.

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- Les 2 raisons du "complot":

Premièrement, il évoque d'abord les performances de Nissan, relancé par Renault au début des années 2000 pour en faire "une entreprise rentable qui grandissait" explique Carlos Ghosn. "Malheureusement, en 2017, il y a eu un déclin des performances de l'entreprise. En 2018, encore un autre déclin." Donc "il y avait de la nervosité dans les rangs des dirigeants" de Nissan, conclut Carlos Ghosn.

La deuxième raison est à trouver en France, avec la mise en place de la loi dite Florange qui consiste à attribuer aux actionnaires de long terme (présent depuis plus de deux ans) des droits de vote double. Et donc un pouvoir largement accru par rapport aux autres investisseurs. "Cela a laissé beaucoup d'amertume chez nos amis japonais" explique aujourd'hui Carlos Ghosn. "Non seulement au niveau de la direction de Nissan mais aussi au sein du gouvernement japonais".

"Ils pensaient que c'était injuste" poursuit Carlos Ghosn. "On a essayé d'expliquer la situation mais ça n'a pas été couronné de succès et les problèmes ont commencé." En effet, les Japonais ont été lésés puisqu'ils détiennent 15% du capital de Renault mais ne dispose d’aucun droit de vote, contrairement à l'Etat français.

Une situation qui aurait, toujours selon Carlos Ghosn, poussé certains dirigeants de Nissan à monter un complot contre lui pour l'évincer. 

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- Les dirigeants de Nissan à l'origine du "complot":

"Ce sont des responsables de Nissan qui sont à l'origine de mon calvaire", a affirmé Carlos Ghosn qui a nommé les dirigeants de Nissan, en particulier le PDG Hiroto Saikawa comme le principal artisan de ces accusations.

Dans son discours, l'ex-patron de Renault a aussi mis en cause les autorités japonaises. "Il y a eu une fuite d'information du parquet vers la presse japonaise au détriment de la loi japonaise", accuse Carlos Ghosn en rappelant que "les délais de l'enquête ont été allongés" et en notant qu'il "n'a pas eu accès aux documents qui aurait permis de (se) défendre". Avant d'ajouter: "Pendant 14 mois, ils ont tenté de briser ma volonté".

Carlos Ghosn pense néanmoins que le Premier ministre japonais n'était "pas impliqué" dans son arrestation.

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- L'alliance Renault-Nissan et son avenir:

Aujourd'hui, Carlos Ghosn estime que l'alliance est moribonde. "Il n'y a plus d'alliance, soyons honnête" juge Carlos Ghosn. "Pourquoi sommes-nous encore ensemble?" Et de rappeler que c'est avant tout son leadership, critiqué, qui permettait d'assurer la mise en œuvre des synergies. "Le consensus ne fonctionne pas, il faut s'assurer de forcer les synergies!" explique-t-il.

Désormais, "l'alliance a disparu et les trois entreprises ne font plus de croissance" rappelle-t-il. "Et je vois difficilement une stratégie. (…) C'est une farce, un simulacre d'alliance avec des personnes qui ne vont nulle part."

Un nouvel acteur devait entrer dans cette équation. "Vous savez très bien que nous étions en train de nous préparer à ajouter Fiat-Chrysler" à l'alliance, explique-t-il aujourd'hui. "J'étais en train de négocier avec John Elkann" (le patron de Fiat-Chrysler).

Et de critiquer: "On a raté l'inratable!" tance l'ex-PDG. "C'est incroyable! c'est impensable! Comment perdre cette opportunité?" indique-t-il, soulignant qu'il avait espéré créer une holding et non une fusion. C'est finalement PSA qui projette désormais de fusionner avec le groupe italo-américain.

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-Sa démission de Renault

"On dit que j'avais démissionné de Renault, ce qui est faux. La lettre que j'ai envoyé, vous n'avez qu'à la lire, elle n'a pas d'ailleurs été distribuée au conseil d'administration, elle a été lue aux membres du conseil d'administration. Je n'ai pas démissionné de Renault, c'est une forfaiture de dire que j'ai démissionné de Renault", affirme-t-il. "Je me suis retiré pour permettre à Renault de fonctionner normalement alors que j'étais en prison. Et dire que ça c'est une démission, c'est un travestissement de la réalité".

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- Les millions perdus par Nissan et Renault depuis son arrestation:

Carlos Ghosn s'est également attaché à démontrer combien son arrestation par les autorités japonaises avait été néfaste à la santé financière de Renault et Nissan. "Depuis mon départ, la capitalisation de Nissan a perdu plus de 40 millions de dollars par jour, et celle de Renault plus de 20 millions d'euros par jour", a-t-il asséné.

Alors qu'en 2017, l'alliance entre les deux groupes constituait "le premier groupe automobile mondial en croissance, rentable".

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- L'affaire du Château de Versailles:

Carlos Ghosn est revenu à l'affaire de sa soirée privée organisée au château de Versailles, dont la date coïncidait avec l'anniversaire du PDG, qui fait l'objet d'une enquête en France. "Je n'ai pas fait ça pour faire comme Louis XIV. Versailles est un symbole du génie de la France", lance-t-il.

Et d'exhiber un document stipulant que la salle du château de Versailles devait être mise à disposition à titre gratuit, en raison du mécénat de Renault pour le château.

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-La réaction des autorités japonaises

Suite à la conférence de presse, le parquet nippon a réagi en indiquant que les critiques "unilatérales" de Carlos Ghosn sont "inacceptables".

Dans un communiqué, les procureurs japonais indiquent: "Carlos Ghosn a fui le Japon en agissant d'une manière qui constitue en elle-même une infraction. Ses déclarations lors de sa conférence de presse aujourd'hui n'ont pas permis de justifier ses actes".

Ils estiment " totalement fausses" les accusations de selon lesquelles les procureurs auraient agi de concert avec des responsables de Nissan. "Carlos Ghosn ne doit s'en prendre qu'à lui même pour son arrestation et sa détention", ajoutent-t-ils.

-Et en France?

Visé par plusieurs procédures judiciaires en France, Carlos Ghosn s'est dit prêt à se présenter "à la justice française" s'il était convoqué, affirmant n'avoir "rien à se reprocher" et ne demander "rien au gouvernement français".

"Il est évident qu'à partir du moment où la justice française demande à me parler, je me présenterai à la justice française, je n'ai rien à me reprocher. Au contraire, c'est ce que je demande", a-t-il martelé. "Ce que je ne demande pas, c'est qu'on m'accuse sans m'interroger --ce qui a été fait largement", a-t-il poursuivi.

Une information judiciaire pour "abus de biens sociaux" et "corruption" a été ouverte en France par le parquet national financier, portant sur des contrats de conseil conclus par la filiale néerlandaise de l'alliance Renault-Nissan, RNBV. Pour autant, aucune convocation de la justice française "n'a eu lieu pour l'instant. Je ne suis au courant de rien", a observé Carlos Ghosn.

-Son refus de partir chez General Motors

L'ex-patron a confirmé qu'il avait été proposé pour prendre la tête du constructeur américain General Motors, en 2009. "Une proposition très alléchante mais le capitaine ne quitte pas son navire quand celui-ci est en difficulté" a-t-il souligné. "Et j'ai fait une erreur d'ailleurs. Pour être tout à fait honnête, j'aurais dû accepter cette offre" indique-t-il. "Quand Steve Rattner m'a proposé de devenir le patron de General Motors en 2009, et que j'ai refusé de prendre le job par fidélité à Renault et Nissan, j'ai fait une connerie."

Et tacler sévèrement celle qui est actuellement en poste chez le constructeur automobile américain. "Mary Barra, qui est patronne de General Motors a gagné 26 ou 27 millions de dollars l'année dernière. Il n'y a pas eu une ligne dans un journal là-dessus. Elle vit très bien, elle est une citoyenne respectée. Elle a un job beaucoup plus facile parce qu'elle n'a qu'une entreprise à gérer" indique-t-il. "Moi je n'étais pas dans mon pays, je travaillais à travers les continents. Tout le monde était très content que je fasse ce boulot et maintenant on vient me dire : 'ah monsieur Ghosn, vous voyagiez beaucoup ! Ah monsieur Ghosn, vous touchiez beaucoup d'argent !

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Olivier Chicheportiche avec AFP