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Automobile: "même les géants peuvent mourir" prévient Luc Chatel

Le Président de la plateforme Automobile indique que, malgré les bons chiffres de 2019, le secteur s'attend à un "retournement conjoncturel" l'année prochaine.

Le secteur de l'automobile a perdu sa sérénité. Si les chiffres du mois de novembre restent bons en France, avec une légère progression des immatriculations neuves (0,65% sur un an), 2020 s'annonce redoutable prévient Luc Chatel, Président de la plateforme Automobile, invité sur le plateau de Good Morning Business, ce lundi.

"Nous anticipons un retournement conjoncturel", explique l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, qui rappelle que "nous sommes à la 9ème année de croissance successive dans l'automobile. C'est inédit depuis la guerre." Surtout, les chiffres ont viré au rouge dans le reste du monde. "Tous les pays émergents, qui sont les relais de croissance, sont en net recul" poursuit Luc Chatel, citant la Chine, l'Inde, la Russie. De façon générale, "le marché mondial sera en recul en 2020".

15.000 emplois menacés

Et la raison n'est pas que conjoncturelle, elle est aussi structurelle. Trois révolutions vont bouleverser le secteur, souligne l'ancien ministre. D'abord, une révolution technologique "avec le passage à l'électrique" mais aussi "la révolution numérique avec le véhicule connecté voire autonome". Et enfin, "la révolution sociétale, c’est-à-dire le changement de rapport à la voiture".

Pour y faire face, les acteurs du secteur se réunissent ce lundi à Bercy, autour du ministre de l'Economie. "Nous ne sommes pas dans une logique de quémander" promet Luc Chatel qui souhaite, surtout, échanger sur tous ces sujets avec les pouvoirs publics. "Il y a évidemment des inquiétudes quand vous changez de modèle" rappelle Président de la plateforme Automobile qui estime que le retournement de cycle devrait supprimer environ 15.000 emplois.

Tout le monde doit se remettre en cause

"Même les géants peuvent mourir lorsqu'il y a des disruptions majeures. Ça veut dire que tout le monde doit se remettre en cause mais que, inversement (…) des tonnes d'opportunités vont émerger" indique Luc Chatel.

Et Luc Chatel viendra aussi rappeler au gouvernement ses engagements. "Nous avons signé un pacte avec le gouvernement il y a 18 mois" rappelle-t-il, "pour multiplier par cinq les bornes de recharge" afin de favoriser le passage à l'électrique. "Aujourd'hui, nous sommes en retard" indique-t-il. "Nous sommes environ à 27.000 bornes alors qu'il y a un engagement qui a été pris pour 100.000 bornes de recharge." Autre enjeu: "on a un travail important à mener, avec les pouvoirs publics, sur l'analyse du prix de revient d'un véhicule et les charges, les taxes afférentes" explique Luc Chatel.

Thomas Leroy