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Aigle Azur: les repreneurs se bousculent, Air France a déposé une offre

De nombreux dossiers de reprise ont été déposés pour la compagnie aérienne Aigle Azur. L'enjeu est de taille: 10.000 créneaux horaires à Orly. Difficile de laisser passer une telle opportunité, en particulier pour Air France.

Qui reprendra Aigle Azur et surtout dans quelles conditions? Les offres de reprise devaient être déposées ce lundi à midi au plus tard. Depuis quelques jours, on parle beaucoup d'Air France. Est-ce cette fameuse "offre de reprise principale", évoquée par Bruno le Maire, vendredi dernier, en marge de l’inauguration de la Foire européenne de Strasbourg? Selon le syndicat des pilotes d'Aigle Azur, ce serait plutôt deux offres principales qui auraient été déposées.

En tout, quatorze offres ont été déposées. Air France s'est bien porté candidat à la reprise d'Aigle Azur, a confirmé un porte-parole de la compagnie aérienne lundi. Le groupe français, jusqu'ici, s'était refusé à tout commentaire. Selon la CFDT, l'offre proposerait la reprise de 70% des salariés basés en France en les mettant sous contrat Air France - les salariés hors région parisienne ne seraient pas repris - et des lignes vers l'Algérie, le Portugal et le Liban pour 15 millions d'euros.

Parmi les autres offres en lice, celle de Lionel Guérin l'ancien patron de Hop. Une offre soutenue par le syndicat des pilotes d'Aigle Azur, le SNPL. Il proposerait en effet de reprendre la totalité du personnel naviguant et au sol, avec un euro symbolique de financement, selon la CFDT.

Dubreuil, IAG, EasyJet...

Le groupe Dubreuil, qui possède notamment Air Caraïbes et French Bee, est aussi sur les rangs. Selon un communiqué interne, le groupe souhaite reprendre certaines routes long-courrier d'Aigle Azur. Il reprendrait 106 salariés sur les 800, uniquement les long-courriers, avec la création d'une compagnie, assure la CFDT, qui avance le chiffre de 15 millions d'euros.

LU Azur, dirigé par Gérard Houa, actionnaire d'Aigle Azur à 20%, a lui aussi remis une offre de reprise. Elle serait de 23 millions d'euros, assure la CFDT, et veut exclure l'ensemble des créances de l'entreprise. Celle-ci propose la "reprise à 90% de la flotte actuelle d'Aigle Azur" ainsi que celle de "l'intégralité des salariés à l’exception de ceux liés à l'exploitation des deux A330 de la flotte, soit environ 87% des 1150 emplois d'Aigle Azur, et l'ensemble des effectifs au sol en France et en Algérie".

Il existe ensuite, derrière ces possibilités, d'autres prétendants. L'offre du groupe IAG, propriétaire notamment de Vueling, n'est pour l'instant qu'une "déclaration d'intention" sans donner de détails. Dans ce cas précis, ce sont les lignes espagnoles qui pourraient intéresser le groupe. De même pour EasyJet. Le gouvernement, assure une source à Bercy, "sera favorable aux meilleures offres en terme d'emploi".

A l'heure actuelle, Aigle Azur a tiré le rideau : plus de vols, plus de ventes de billets, des comptoirs désertés et un regroupement de la flotte d'avions en cours à l'aéroport de Châteauroux. Et surtout démission fracassante de son PDG, lundi dernier sur BFM Business. Il faut dire que la compagnie aérienne perd de l'argent depuis 2012. Alors comment expliquer que les repreneurs semblent se bousculer?

L'enjeu des créneaux horaires

Aigle Azur possède un trésor : ces fameux 10.000 créneaux horaires de décollage et d'atterrissage à Orly. Or, on ne distribue plus ces créneaux. Cela signifie que les compagnies aériennes ne peuvent plus se développer dans l'aéroport parisien. Si vous voulez vous installer à Orly, il faut forcement racheter un concurrent... Et 10.000 créneaux d'un coup, cela fait bientôt 20 ans que l'on n'a pas vu ça. C'est donc pour cela que tout le monde regarde le dossier de près.

On voit mal, dans ce cas, comment Air France, qui souhaite justement développer Transavia, sa filiale à bas coût à Orly, pourrait passer à côté de cette opportunité. Si ces créneaux passaient à la concurrence, cela pourrait même être dévastateur pour la compagnie française.

La question, c'est aussi de savoir si la vente de la compagnie va se faire à la découpe ou si le gouvernement va pousser à tout racheter d'un bloc. Ou, en tout cas, le plus gros bloc possible.

Autre interrogation, la faillite d'Aigle Azur est-elle le début d'un mouvement plus large? Dans Le Parisien, ce lundi, le nouveau secrétaire d’Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, pointe du doigt "le problème de l'atomisation du secteur aérien français, avec trop d'entreprises n'ayant pas une taille critique face aux enjeux". Selon lui, il faut donc "s'attendre dans les mois ou les années à venir à un mouvement de consolidation."

T. L. avec Jean-Baptiste HUET