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Transformer les déchets en gaz vert: plus de 200 usines à biométhane vont pousser en Ile-de-France

Le site "Létang Biométhane" inauguré le 23 juin 2018 à Sourdun (Seine-et-Marne) traite des intrants agricoles pour produire 13 GWh de gaz naturel l'an, l’équivalent de la consommation de 1124 foyers.

Le site "Létang Biométhane" inauguré le 23 juin 2018 à Sourdun (Seine-et-Marne) traite des intrants agricoles pour produire 13 GWh de gaz naturel l'an, l’équivalent de la consommation de 1124 foyers. - Conseil régional d'île-de-France

L'Ile-de-France ambitionne en 2030 d'avoir 240 unités de méthanisation générant du biogaz en assurant 15% des énergies renouvelables de la région à cette échéance.

Rien ne se perd, tout se transforme. La maxime du célèbre chimiste Lavoisier s'applique à cette source de production d'énergie renouvelable, non-intermittente comme l'éolien ou le solaire, qu'est la méthanisation. Elle consiste à "digérer", dans des réservoirs confinés, des déchets organiques issus de l'activité humaine pour les transformer en biogaz (ou biométhane).

Différentes matières peuvent être "méthanisées": biodéchets des ménages, de la restauration, de l'industrie agro-alimentaire, boues de stations de traitement des eaux, sous-produits agricoles. Elles sont valorisées soit en chaleur et électricité (en cogénération) ou en biogaz, principaux débouchés. Ces biodéchets se transforment aussi en résidu pour l'épandage agricole (le "digestat"), ce qui évite l'usage d'engrais chimiques.

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- © Le biométhane est un gaz renouvelable produit à partir de déchets de l'industrie agro-alimentaire, de la restauration, de déchets agricoles et ménagers ou de boues de stations d'épuration - GRDF

Rien que le biogaz, qu'on réinjecte après l'avoir épuré dans le réseau de gaz naturel, représentait 2,9% des énergies renouvelables en France en 2018, soit plus que le solaire photovoltaïque, avec ses 2,7%, selon les chiffres du ministère de la transition écologique. À mi-mars 2019, plus de 73 sites injectent du gaz vert dans le réseau exploité par GRDF. Depuis début 2017, la capacité d’injection a quasiment doublé pour atteindre 1 320 GWh/an de capacité.

La méthanisation: 15% des énergies renouvelables en 2030

"En Île-de-France, cette énergie alternative et durable est promise à une croissance rapide, tant par une volonté politique affirmée que par la présence de gisements de biomasses riches et nombreux" explique une étude récente de l'institut d'aménagement et d'urbanisme sur les enjeux de la méthanisation dans la région. Ce document souligne aussi sa contribution à l'indépendance énergétique du territoire et au dynamisme de l'économie circulaire.

Le document souligne que le conseil régional a fixé un objectif de production de 5 TWh/an de biométhane à l’horizon 2030, soit 15% des énergies renouvelables à produire en Ile-de-France. "Cette ambition nécessite environ 240 installations d’unités de méthanisation et la mobilisation d’un quart des ressources physiques disponibles en Ile-de-France. Un objectif qui appelle l’adhésion de l’ensemble des acteurs publics et privés" souligne l'institut.

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- © Source: "Les enjeux de la filière méthanisation en Ile-de-France". Institut d'aménagement et d'urbanisme.

La région francilienne consacre 4 millions d'euros par an aux projets liés à cette énergie verte et accompagne actuellement 17 projets d’unités de méthanisation en Île-de-France.

En 2018, l’Île-de-France comptait 23 unités déjà en fonctionnement (cf infographie ci-dessus). Les plus nombreuses sont celles qui traitent des sous-produits de l'agriculture (11 unités) et celles qui transforment les boues des stations de traitement des eaux (9 unités). "Pour les activités agricoles, la méthanisation doit être envisagée comme un moyen de diversifier les revenus des exploitants tout en offrant un exutoire à de nombreux sous-produits ou cultures intermédiaires" soulignent les auteurs du document.

Le biométhane pour les véhicules propulsés au gaz ?

Le gisement global régional s’élèverait à un peu moins de 11 millions de tonnes de biomasse brute à méthaniser, ce qui équivaut à la production de près de 9000 GWh/an d’énergie primaire. Ce potentiel est composé majoritairement de ressources agricoles, de boues urbaines, des biodéchets des ménages et ceux issus de la restauration commerciale et collective. L’industrie agroalimentaire francilienne représente par ailleurs un gisement de produits méthanisables d’environ 200.000 tonnes par an.

L’objectif global de la région francilienne est de produire 20% de l’énergie consommée en Île-de-France à partir d’énergie renouvelable à l’horizon 2030. Dans cette perspective, l'atout du biogaz (ou biométhane) tient au maillage important des réseaux de gaz naturel de la région, ce qui renforce le potentiel de cette énergie qu'on réinjecte déjà dans ces réseaux d'énergie.

"Sur le plan économique, il paraît essentiel de développer de nouveaux débouchés pour le biométhane en accélérant la mutation des flottes de bus et de véhicules GNV tout en développant également les stations qui distribuent ce biométhane" conclut l'étude.

quand le zoo de thoiry (yvelines) valorise ses déchets organiques

Inaugurée fin septembre 2018, une unité de méthanisation valorise les déchets organiques du zoo de Thoiry dans les Yvelines. Elle occupe un hectare à la lisière du zoo et utilise un procédé de méthanisation par voie sèche, ne nécessitant pas d'eau. Chaque année, 10.950 tonnes de déchets du zoo, et plus largement du territoire, sont ainsi valorisées (déchets verts, fumiers, fruits et légumes avariés, déchets agricoles) en gaz renouvelable. L'unité a opté pour l’injection du biométhane dans le réseau de distribution GRDF de gaz naturel. Le biogaz produit chauffe aussi en gaz renouvelable (7500 MWh/an) trois bâtiments du zoo, le château de Thoiry et neuf communes des alentours. Le "digestat" solide produit sert quant à lui d'engrais naturel pour fertiliser le zoo et les cultures environnantes. Le détail du coût et du financement de cette unité est le suivant: - Investissement total : 5.150.000 euros - Subvention de la région Île-de-France : 1.150.000 euros - Subvention de l’Ademe Île-de-France : 905.000 euros

Frédéric Bergé