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Télécoms: la France face au blocage de la consolidation en Europe

La commissaire européenne Margrethe Vestager craignait fortement de voir le rachat outre-Manche d'O2 par Hutchinson, se traduire à la fois par un choix plus limité et des prix plus élevés pour les consommateurs britanniques de téléphonie mobile.

La commissaire européenne Margrethe Vestager craignait fortement de voir le rachat outre-Manche d'O2 par Hutchinson, se traduire à la fois par un choix plus limité et des prix plus élevés pour les consommateurs britanniques de téléphonie mobile. - Thierry Charlier-AFP

"Bruxelles a refusé la fusion entre deux des quatre opérateurs mobiles au Royaume-Uni, qui "réduirait la concurrence". Cette décision rejaillit sur le marché français, toujours tenté par une consolidation similaire. "

La Commission européenne est très prudente sur la consolidation des télécoms en Europe. Bruxelles a interdit le rachat par l'opérateur Three (filiale du conglomérat de Hong-Kong, Hutchison Whampoa) de O2, détenu par l'espagnol Telefonica. Le premier, numéro 4 de la téléphonie mobile britannique, se proposait de racheter pour 14 milliards d'euros, son rival numéro 2, ce qui aurait créé le nouveau leader du marché au Royaume-Uni.

L'argumentation affichée par Bruxelles pour motiver ce refus se fonde sur le fait, "qu'ensemble, Three et O2 auraient été leader sur le marché, avec une part de plus de 40%. Ils auraient eu un intérêt bien moindre à concurrencer Vodafone et EE. Le choix et la qualité des services s’en seraient trouvés réduits pour les consommateurs britanniques. L’analyse de la Commission a également montré que les prix de détail de la téléphonie mobile auraient été plus élevés pour l’ensemble des opérateurs britanniques qu’en l’absence de rachat".

La décision est un coup dur pour les opérateurs télécoms en Europe. Beaucoup plaident à Bruxelles pour un assouplissement des règles anti-trust afin de pousser à la consolidation sur un marché jugé trop fragmenté, et doper les investissements dans ce secteur.

L'analyse de la Commission a aussi quelques résonances en France même si c'est l'Autorité de la concurrence qui aurait été amenée à juger le projet avorté de rachat de Bouygues Telecom par Orange.

Le partage d'infrastructures du réseau mobile peut poser problème

Bruxelles fonde sa décision de blocage de la fusion outre-Manche sur une part de marché de plus de 40% qu'aurait eu le futur opérateur britannique. Cet argument montre le risque qu'encourait Orange, déjà crédité de 35% du marché français de la téléphonie mobile, en mettant la main sur Bouygues Telecom, même en prévoyant de céder une partie de ses clients mobiles.

Par ailleurs, Bruxelles a retoqué la fusion entre les deux opérateurs britanniques en raison aussi de leur présence respective dans deux accords de partage d'infrastructures (antennes-relais) impliquant leurs deux concurrents restants. Pour la Commission, l'opérateur issu de la fusion "aurait eu une vue d’ensemble des plans de réseau des deux concurrents restants, Vodafone et EE".

En France, même si ce point n'a pas été au coeur des discussions entre Orange et Bouygues, l'accord existant de partage de réseau mobile entre SFR et Bouygues Telecom, aurait posé problème à l'Autorité de la concurrence. Cet accord aurait en effet donné à Orange, en cas de rapprochement avec Bouygues, une visibilité sur le plan de réseau de SFR.

Pour Bruxelles, la concurrence favorise l'investissement

Enfin, la Commissaire européenne, Margrethe Vestager, a démonté par avance, dans ses explications sur son veto à la fusion britannique, le grand argument avancé en France pour justifier une opération similaire.

"Nous entendons souvent dire que la consolidation dans les télécoms en Europe est nécessaire pour garantir la rentabilité des opérateurs afin de leur permettre d'investir dans des réseaux. Je n'ai pas vu de preuves convaincantes à l'appui de cet argument. Et le marché du mobile au Royaume-Uni montre le contraire. Au cours des dernières années, les opérateurs mobiles britanniques ont investi des milliards pour déployer la 4G, tout en restant rentables. C'est la concurrence, pas la consolidation, qui a favorisé l'investissement" a-t-elle avancé.

Il n'est pas sûr que la situation du marché français démente ses propos. Dans leurs déclarations récentes, les quatre opérateurs français n'ont eu de cesse de réaffirmer leur volonté d'accélérer leurs investissements dans les réseaux fixes haut débit ou 4G. N'est-ce pas l'agressivité commerciale de Bouygues Telecom, prétendant être leader avec sa couverture nationale 4G, qui a piqué au vif Orange, l'incitant à accélérer le déploiement de son propre réseau 4G?

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco