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Quand un robot dirige un orchestre à la baguette

Le robot YuMi, doté de deux bras articulés, a dirigé à Pise l'orchestre philharmonique de Lucca. Il a été entraîné par le chef d'orchestre titulaire à mémoriser et reproduire sa gestuelle mais la machine ne sait pas (encore) improviser.

Les chefs d'orchestre vont-ils être, à leur tour, menacés par les robots ? On pourrait le penser au vu de la curieuse scène qui s'est déroulée cette semaine dans le cadre prestigieux du théâtre Verdi de Pise en Italie.

L'orchestre philharmonique de Lucca accompagné successivement par le ténor Andrea Bocelli puis la soprano Maria Luigia Borsi ont été dirigés par les deux bras articulés d'un robot. Cette expérience inédite fut le point d'orgue du premier Festival international de la robotique organisé à Pise.

Un robot conçu pour un géant industriel

Conçu par le géant industriel helvético-suédois ABB, Yumi a dû apprendre à reproduire au millimètre près les mouvements et surtout la gestuelle de son professeur humain. En l'occurrence, c'est le chef d'orchestre titulaire, Andrea Colombini, qui s'est prêté au rôle du "maître".

Celui-ci a entraîné le robot lors des répétitions en guidant ses bras articulés avec une extrême attention apportés au détail de chaque mouvement que le robot a mémorisé dans son "logiciel" pour pouvoir les répéter devant les musiciens.

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Cette étape fut laborieuse de l'avis du chef d'orchestre italien. "L'apprentissage a été très difficile", il a fallu "17 heures de travail" pour que YuMi sache mimer six minutes de direction musicale, seulement. La deuxième étape fut de peaufiner, avec le logiciel d'ABB, les mouvements en les synchronisant avec la musique.

À l'issue de la représentation, l'aptitude et la capacité du robot à manier la baguette avec dextérité, souplesse et précision, a semble-t-il surpris son monde. Selon le chef d'orchestre italien, la sophistication de YuMi est bien supérieure aujourd'hui à celle d'Asimo, le robot crée par Honda qui avait dirigé l'orchestre symphonique de Détroit en 2008. La même année, à la Cité des sciences et de l'industrie de La Villette, à Paris, un robot doté d'un bras articulé et conçu pour l'industrie automobile, avait dirigé neuf musiciens lors d'une expérience.

"C'est juste un bras, sans cerveau ni coeur"

"Il est très flexible" et possède "la même mobilité que moi", a estimé Andrea Colombini à propos de la performance démontrée par Yumi à Pise. "Mais il ne peut en aucun cas remplacer la sensibilité et l'émotion d'un chef d'orchestre car un robot n'a pas d'âme. C'est juste un bras, il n'a pas de cerveau, pas de coeur", juge-t-il.

YuMi peut certes diriger des morceaux qu'il a appris mais il ne sait surtout pas improviser en réagissant, par exemple, à un changement impromptu de tempo ou (encore moins) interagir avec les musiciens de l'orchestre. La présence d'un chef en chair et en os semble encore indispensable. Jusqu'à quand ?

Frédéric Bergé