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Pourquoi Apple a décidé de recruter des journalistes

Humains ou robots, Apple va devoir gérer la publication d'informations qui ne serviront pas forcément ses intérêts.

Humains ou robots, Apple va devoir gérer la publication d'informations qui ne serviront pas forcément ses intérêts. - Eric Thayer - Getty Images North America/AFP

Pour le géant de Cupertino qui prépare une appli d’actualités, la presse se fait avec des humains et non avec des algorithmes comme le fait Google. Apple se lance donc dans un plan de recrutement de journalistes expérimentés.

Une nouvelle bataille s’amorce entre les géants de la Silicon Valley: Humains contre algorithmes. Et pour Apple, le choix est fait. Pour le contenu de son appli News qui sortira avec la version 9 d’iOS, le système mobile qui gère iPhone et iPad, le géant s’est lancé dans un plan de recrutement de vrais pros de l'info. 

Dans une annonce publiée sur son site, le géant californien fait part de son intérêt pour "des journalistes passionnés et compétents pour permettre d'identifier et de publier ce qu'il y a de meilleur en matière d'informations nationales, internationales et locales". 

Apple précise aussi que ces professionnels "doivent avoir l'instinct pour les informations de première importance mais aussi être capables d'identifier des histoires originales qui ne seraient pas repérées par des algorithmes". Ceux de Google pour News ou de Facebook pour Instant Articles? Apple ne le dit pas aussi clairement même si tout le monde a compris le message.

Les intérêts d'Apple feront-ils les comptes de la presse?

Pour Dan Kennedy, professeur de journalisme à l'université de Northeastern, c’est une démarche positive. "Beaucoup de gens ne veulent pas que des robots décident pour eux, a-t-il indiqué à l’AFP. L'algorithme utilisé par Facebook est tout à fait mystérieux et les gens commencent à ne pas aimer cela". 

Mais l'inquiétude repose plutôt sur le désir des géant du Net de contrôler l’information. "Les grosses compagnies comme Apple et Facebook ont leurs propres intérêts", note l’enseignant. 

Une opinion nuancée par Joshua Benton, du Nieman Journalism Lab. Ce spécialiste souligne que grâce à la popularité des produits Apple "cette application pourrait représenter une planche de salut pour les organes de presse dans leur lutte pour recevoir des revenus publicitaires. Apple les autorisera à conserver 100% des revenus des publicités qu'ils placeront eux-mêmes et 70% de celles qui seront placées par Apple."

Contrôler le contenu ou orienter l'information?

Mais, qu’il s’agisse de sauver financièrement la presse ou de laisser à des humains plutôt qu’à des machines la lourde responsabilité d'informer les internautes, le fond du dossier repose toujours sur la compétition avec Google et Facebook. 

Rob Enderle, analyste à Enderle Group, relève ainsi qu’en rachetant Flipboard, Google s'est donné le moyen de prendre "le contrôle d'une application d'information utilisée par un si très nombre de clients Apple". 

En attendant, ce sera aux lecteurs de décider quel est le meilleur service. Et ce verdict se fera sur la qualité de l’information. Car, comme le signale Dan Kennedy, Apple va devoir gérer des informations qui ne servent pas directement ses intérêts, soit quand elles ne lui sont pas favorables, soit quand elles mettent en avant des technologies concurrentes des siennes.

En cas de tentative de manipulation de l’info, Dan Kennedy promet "une catastrophe pour l'image de marque". Une ligne qu'Apple ne pourra pas franchir facilement, même si l'envie l'en démange.

Pascal Samama avec AFP