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Pour Apple, les fuites sur l'iPhone X menacent ses résultats

Dans son rapport à la SEC, Apple fait part des risques que font planer les fuites qui ont touchées le lancement de l'iPhone X.

Dans son rapport à la SEC, Apple fait part des risques que font planer les fuites qui ont touchées le lancement de l'iPhone X. - Justin Sullivan - Getty image north américa/AFP

Dans son rapport au gendarme boursier américain, Apple pointe les fuites qui ont dévoilé l'iPhone X bien avant sa présentation par Tim Cook. Le groupe accuse ses sous-traitants et estime que ces indiscrétions pourraient porter atteinte à son image et à ses résultats financiers.

Apple s’est construit sur le secret qui entoure ses innovations. Pendant les mois qui précèdent un lancement, le groupe californien fait monter le suspense pour lever le voile sur ses nouveautés lors de ses keynotes. Pendant des années, la recette a bien fonctionné, mais depuis quelques années tout s’emballe. Apple n’arrive plus à garder le moindre secret sur ses projets. Et comme le rapporte Business Insider, le groupe a décidé de faire part de son ras-le-bol dans un rapport transmis à la SEC (Securities and Exchange Commission), l’agence fédérale américaine qui surveille les opérations financières.

Même l’iPhone X, qui devait être un feu d’artifice technologique, n’a surpris personne lorsque Tim Cook l’a présenté en septembre dernier. Toutes les innovations qui le composent ont fuité, jusqu’à son nom et son prix de vente. Et aujourd’hui, c’est de son coût de production dont on parle. TechInsights vient en effet de dévoiler le prix et la provenance de chaque composant du smartphone. Ainsi, une simple addition permet de déduire que l’iPhone le plus cher du marché ne coûte que 357,50 dollars à produire. Sur la toile, beaucoup en concluent déjà qu’Apple réalise une marge de 60%, oubliant d’intégrer le coût de la R&D, les royalties sur les brevets utilisés, le marketing, la logistique, le packaging et la distribution. 

Le ver est aussi dans le fruit

Pour Tim Cook, ces fuites proviennent pour la plupart des usines asiatiques et elles ne menacent pas seulement le plan marketing fixé. Elles pourraient, selon Apple, "avoir d’importantes conséquences défavorables sur la réputation, la situation financière et les résultats d'exploitation de la société". Et le dirigeant avoue son impuissance face à ce phénomène. "Les activités de la société l'obligent à partager des informations confidentielles avec des fournisseurs et d'autres tiers. Nous prenons des mesures pour sécuriser les informations fournies à ces tiers, mais elles s’avèrent inefficaces et entraînent des fuites".

L’ONG China Labor Watch estime que la situation s’explique par le maigre salaire des employés chinois. Rémunérés pour à peine plus de 300 dollars par mois, ils seraient tentés d’arrondir leurs revenus en vendant des informations à des sociétés qui n’hésitent pas à épingler des annonces dans les dortoirs et les arrêts de bus proches des usines. 

Mais les fuites ne proviennent pas seulement des employés asiatiques. Le ver serait aussi dans le fruit. Apple tente bien d’imposer à ses salariés des mesures drastiques pour garder le secret sur les projets en leur faisant signer des NDA (non-disclosure agreement, en français accord de confidentialité) qui leur fait risquer la prison en cas d’indiscrétion volontaire ou non, mais cela n’est pas efficace à 100%. Rappelons que la version finale d’iOS 11 a fuité sur Reddit quelques jours avant le keynote et qu’elle ne pouvait provenir que d’un salarié travaillant à Cupertino. C’est une certitude pour John Gruber, un expert américain, qui pense à un "acte malveillant délibéré d’un employé qui voulait régler des comptes". 

Une équipe d'agents spéciaux pour traquer les traîtres

Et il est compliqué de retrouver le coupable parmi les centaines de personnes qui ont accès aux informations confidentielles, sauf lorsque l'une d'entre elles les fait découvrir en avant-première à ses proches qui, eux, ne savent pas tenir leur langue. Ken Bauer, un ingénieur d’Apple, en a fait l’amère expérience. Il a été licencié pour faute après que sa fille a publié sur YouTube une vidéo d'elle dans une cafétéria avec une présérie de l'iPhone X. La jeune fille a tenté de minimiser les choses en expliquant que la vidéo avait été postée après l’annonce d’Apple, et qu’elle n’avait été vue que par une poignée de followers. Mais c'était trop tard.

Pour empêcher les fuites et traquer les coupables, Tim Cook a ordonné la création d’une agence de sécurité interne et secrète composée d’anciens policiers et d’ex de la CIA, du FBI et de la NSA. Ce groupe dirigé par David Rice, directeur de la sécurité d’Apple, a tenu une réunion ultra secrète l’été dernier pour définir un plan d’action avec le board d'Apple. Quelques jours plus tard, le site The Outline révélait les détails de cette réunion et les participants. La "task force" n’a ensuite pas pu empêcher les fuites sur l’iPhone X. Pour Tim Cook, le risque est tel pour l’image de l’entreprise et ses finances qu’il a donc choisi d’alerter les autorités fédérales. Un message qui peut être interprété comme un appel au secours, un aveu d'impuissance ou une alerte lancée aux actionnaires.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco