BFM Business

Les internautes ne fuiraient pas  Facebook depuis le scandale, au contraire même

-

- - AFP

Alors que Facebook s'enfonce chaque jour un peu plus dans le scandale Cambridge Analytica, le cours de Bourse de la société est reparti à la hausse et les investisseurs restent confiants. La raison: les internautes semblent se moquer de l'affaire.

Chaque jour apporte son lot de révélations sur l'affaire Cambridge Analytica. Après avoir reconnu que les données de millions de comptes avaient été corrompues aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la firme de Mark Zuckerberg a reconnu que ce sont au final peut-être 2,2 milliards de comptes dans le monde qui auraient pu être siphonnés de leurs données, soit l'ensemble des abonnés au réseau social. 

Si l'affaire n'en finit pas de faire la une des journaux, le cours de Bourse de la société lui, après un recul fin mars, semble reparti à la hausse depuis quelques jours. Ce jeudi 5 avril par exemple, alors le réseau social venait de révéler que le piratage de données était bien plus vaste qu'initialement annoncé, l'action de la société grimpait de 2,73%. 

"Pas d'autre alternative pour les marques"

Si Facebook ne s'est pas davantage effondré en Bourse, c'est que les investisseurs restent confiants. "Nous notons que les préoccupations réglementaires passées n'ont pas eu un impact sur l'engagement des utilisateurs de Facebook ou de la publicité, bien que nous continuerons à surveiller la situation", explique Aaron Kessler, analyste de Raymond James, dans une note à ses clients. 

En ce qui concerne les annonceurs publicitaires (le nerf de la guerre pour Facebook puisque la pub représente 97% de son chiffre d'affaires), il semble qu'il n'y ait pas eu de retrait massif. Il y a bien eu le directeur marketing du géant Unilever (Dove, Knorr, Lipton, Amora...) qui assurait en février dernier être agacé par la proximité de ses pubs avec des fake news sur Facebook. Mais la déclaration n'a pas été suivie d'effets. "Facebook est une des plateformes les plus performantes pour des marques qui veulent toucher un très large public, explique Youssef Squali dans une note, analyste chez SunTrust Robinson Humphrey. Il n'y a pas pour ces marques d'autres alternatives."

Les utilisateurs plébiscitent toujours autant Facebook

Si les annonceurs font toujours confiance à Facebook qu'en est-il de ses centaines de millions d'utilisateurs à travers le monde? Mark Zuckerberg, assurait ce mercredi qu'il n'avait pas observé "d'impact significatif" des comportements des utilisateurs du réseau social sans pour autant donner de chiffres. Mais selon les données compilées par le cabinet de conseil en marketing stratégique Kepios, la campagne #deleteFacebook n'aurait eu aucun impact sur la masse des internautes. La fréquentation du site aurait même augmenté en mars par rapport à janvier dans de nombreux pays comme l'Inde (+12%), les Etats-Unis (+4,3%), l'Indonésie (+7,7%) ou le Royaume-Uni (+4,5%).

Certes cette hausse peut s'expliquer par le fait que de nombreux internautes se sont rendus sur le site pour ajuster leurs paramètres de confidentialité. Mais selon AppAnnie, la société spécialisée dans la collecte de données sur les applications mobiles, le téléchargement de l'appli Facebook aurait certes connu une légère baisse fin mars, mais serait depuis remonté au niveau d'avant l'affaire. 

Sur le Play Store (le magasin d'application d'Android), Facebook est la 5ème appli la plus téléchargée actuellement, soit un classement encore plus élevé qu'avant le scandale. Sur l'AppStore français d'Apple, Facebook est actuellement 8ème. Et les autres applis du groupe sont très bien placées puisque WhatsApp est actuellement 2ème et Instagram 5ème.

"Supprimer Facebook" pour trouver le bonheur

"Pour la plupart des gens, Facebook est un utilitaire, expliquait ce mardi Heath Terry, analyste chez Goldman Sachs sur CNBC. C'est un service qu'ils continuent à apprécier sinon ils ne passeraient autant de temps dessus. Et je pense que pour la plupart des gens, l'utilité l'emporte de loin sur ces problèmes."

Et s'il est vrai que les recherches Google sur "comment supprimer Facebook" ont progressé ces derniers jours, la causes de ces requêtes ne sont pas liés à l'affaire Cambridge Analytica. Selon une étude de Datatrek Research, 97% des recherches "supprimer Facebook" étaient corrélées avec des requêtes sur la "recherche du bonheur" ou des citations sur "comment être heureux". On est bien loin des préoccupations politiques et des fake news.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco