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Le rachat d’Altran par Capgemini ne se passe pas comme prévu

Altran signe la meilleure performance du SBF 120 au 1er trimestre

Altran signe la meilleure performance du SBF 120 au 1er trimestre - AFP

Le fonds activiste Eliott est en passe de devenir le troisième actionnaire d’Altran et n’entend pas apporter ses actions dans l’opération. Capgemini reste néanmoins confiant.

Capgemini va-t-il pouvoir comme prévu s’offrir son compatriote Altran ? Rappelons qu’en juin dernier, le premier a annoncé un accord en vue de l’acquisition du second, leader mondial du conseil en innovation et ingénierie avancée. Le tout via une OPA amicale au prix de 14 euros par action pour un montant global de 3,6 milliards d’euros. Les conseils d’administration des deux groupes ont entériné, à l’unanimité, la démarche.

De quoi créer un nouveau géant de 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires et de plus de 250 000 collaborateurs...

Mais l’opération ne se passe pas exactement comme prévu à cause de l’intrusion du fonds activiste Eliott dans le capital d’Altran. Elliott détient en effet désormais 10,12 millions d'"equity swaps" Altran, selon le dernier avis disponible de l'Autorité des marchés financiers, soit 3,99% de l'encours total de 253,72 millions d'actions, devenant ainsi potentiellement le troisième actionnaire d'Altran derrière Capgemini (qui a 11,43%) et Select Equity Group.

Or, Eliott ne semble pas disposé à apporter ses actions à l’offre. De quoi faire capoter le projet ? Eliott veut-il jouer la surenchère ? Paul Hermelin, p-dg de Capgemini, interrogé lors de la présentation de ses trimestriels, reste néanmoins confiant. « Nous avons bien sûr remarqué certains arbitrages, parmi lesquels Elliott. Nous avons dit que notre objectif était d'atteindre 50,1% et nous sommes tout à fait confiants sur le fait que nous atteindrons ce niveau avec l'actuel prix attractif ».

Clients convaincus

A la question de savoir si Capgemini pourrait mener à bien son projet avec un actionnaire minoritaire fort au sein d'Altran, Paul Hermelin a répondu : « Je pense que nous pouvons exécuter notre stratégie de cette manière ». Et d’ajouter : « quand nous faisons des road shows auprès de nos actionnaires, en général ils saluent la pertinence du mouvement stratégique ».

Le p-dg estime que la générosité de l’offre est suffisante pour convaincre. « Je continue à penser que c'est un prix attractif et qu’il n’y a pas de raison de le changer », rappelant que le prix de 14 euros représentait une prime de 30% sur le dernier mois précédent l'annonce de la transaction le 24 juin.

Même tonalité de la part de Carole Ferrand, directrice financière de Capgemini, invitée d'Intégrale Bourse sur BFM Business. Sans évoquer précisément le cas Eliott, elle se dit « sereine sur la capacité du groupe à finaliser l'opération, qui propose un prix attractif, avant la fin de l'année ».

Reste que l'action Altran, en forte hausse depuis, se traitait à 14,45 euros mardi en début de séance…

La légitimité de l’opération est également un argument de poids. « J'ai passé quelques coups de fil, j'ai rencontré quelques clients et ils ont tous confirmé la pertinence stratégique de cette combinaison » entre les deux groupes, insiste Paul Hermelin. « Cela ouvrira la porte à une nouvelle catégorie de clients pour nous ».

Aussi puissant soit-il avec ses 210 000 salariés et ses plus de 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires, il manquait à Capgemini toute une expertise dans l’industrie : informatique embarquée, Internet des objets, communications machine to machine, ainsi que des services cloud dédiés à une industrie qui se veut de plus en plus connectée.

Parti du conseil en ingénierie, Altran est justement devenu un spécialiste dans ce domaine, multipliant les missions de ses ingénieurs chez les grands industriels de l’automobile, de l’aéronautique, chez les EDF, SNCF, la santé et même les télécoms.

Olivier CHICHEPORTICHE