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Le chinois ZTE va-t-il être la première victime des sanctions américaines?

Dans un communiqué, ZTE annonce que "les principales activités du groupe ont cessé" suite à la décision américainei.

Dans un communiqué, ZTE annonce que "les principales activités du groupe ont cessé" suite à la décision américainei. - WANG ZHAO / AFP

Privé des composants et logiciels américains pour ne pas avoir respecté l'embargo des États-Unis sur l'Iran et la Corée du Nord, l'avenir du fabricant chinois de smartphones ZTE est très compromis. Il vient d'annoncer l'arrêt "des principales activités du groupe".

Produire des smartphones sans OS, ni puce, c'est un peu comme si un constructeur automobile tentait de produire des voitures sans volant, ni moteur. ZTE se trouve dans cette situation. Privé par les autorités américaines des puces électroniques américaines et d'Android, l'OS de Google, pendant sept ans, le numéro deux chinois des télécoms qui emploie 80.000 personnes craignait pour sa survie. Cette crainte est devenue une réalité.

ZTE vient d'annoncer la suspension d'une grande partie de sa production. Dans un communiqué, le groupe révèle que "les principales activités du groupe ont cessé" en conséquence de la décision américaine qui a porté un coup fatal aux ambitions du géant chinois. Il reconnait avoir tenté de trouver des fournisseurs alternatifs, taïwanais ou sud-coréens, sans succès dans un délai aussi court.

Sans puces, plus possible de produire

"L'entreprise poursuit activement ses communications" avec l'administration américaine pour "faciliter la modification ou l'annulation" de la décision, a insisté ZTE dans son communiqué. Dans l'immédiat, le groupe assure "avoir suffisamment de liquidités" pour continuer d'honorer ses créances.

Fer de lance en Chine du développement des infrastructures 5G (internet mobile ultrarapide), ZTE est devenu un dossier emblématique de la bataille technologique entre les deux puissances mondiales. L'entreprise restait très dépendante des technologies américaines pour ses réseaux télécoms à fibre optique et pour la production des smartphones.

L'entreprise n'a pas livré de détails, mais l'impact sur le marché est déjà spectaculaire, explique à l'AFP un acheteur chinois d'équipements télécoms spécialisé dans les produits ZTE. Selon lui, la rareté des produits ZTE a fait bondir les prix de plus de 50%. "Ils ont stoppé la production de tous les articles contenant des puces", et si les perturbations se produisent, "les équipements ZTE (encore disponibles) ne serviront plus à rien", explique ce spécialiste qui tient à rester discret.

Guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis

ZTE n'est pas la seule entreprise technologique chinoise visée par les autorités américaines. Huawei, autre géant chinois télécoms, a été banni des chantiers d'infrastructures aux États-Unis au nom des risques pour sa "sécurité nationale". Ses smartphones ne sont plus vendus par les principaux opérateurs de télécoms et pas les grands chaines de vente de produits technologiques. Le Pentagone a également ordonné aux troupes américaines de ne plus utiliser ces appareils ainsi que ceux de ZTE, comme le rapporte le Wall Street Journal.

Ces décisions interviennent en pleine guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, avec la menace de droits de douane américains punitifs potentiellement infligés dès le 22 mai. Des pourparlers menés à Pékin la semaine dernière par une délégation américaine de haut rang n'ont rien donné et le vice-Premier ministre chinois Liu He se rendra à Washington la semaine prochaine pour poursuivre les discussions.

"Avec son attaque contre ZTE, l'administration Trump envoie un message limpide à la Chine: acceptez des compromis (sur le commerce), sinon nous vous mettrons à terre", estime Cheng Xiaohe, professeur de relations internationales à l'Université du Peuple à Pékin. Le coup de semonce américain "constitue une alarme majeure pour la Chine" qui pourrait voir ses fleurons technologiques décimés en cas de guerre commerciale, souligne cet universitaire. Comment la Chine va-t-elle répliquer? Nul ne sait, mais au delà des relations sino-américaines, l'affaire ZTE sonne comme un avertissement aux entreprises européennes depuis la décision de Donald Trump de rétablir les sanctions contre l'Iran.

Pascal Samama avec AFP