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Éradiquer la haine sur Twitter et Facebook, le nouveau défi du gouvernement

Edouard Philippe, Premier ministre, et Mounir Mahjoubi, secrétaire d'état au numérique,  veulent en finir avec les propos haineux diffusés sur les réseaux sociaux.

Edouard Philippe, Premier ministre, et Mounir Mahjoubi, secrétaire d'état au numérique, veulent en finir avec les propos haineux diffusés sur les réseaux sociaux. - Stéphane de Sakutin - AFP

Le gouvernement veut en finir avec les propos haineux et les menaces diffusés sur les grands réseaux sociaux. Le Premier ministre annonce des mesures pour sanctionner les auteurs des messages et les plateformes si elles ne les suppriment pas dans les plus brefs délais.

Après le déferlement de menaces et d'insultes visant Charlie Hebdo et une journaliste d'Europe 1, le gouvernement a décidé d'accélérer la lutte contre les propos haineux publiés sur Internet. Ce lundi, sur France Inter, Édouard Philippe a annoncé avoir "engagé des discussions" avec les "grands hébergeurs", dont Twitter. Il menace de prendre des mesures pour sanctionner non seulement les auteurs des menaces, mais aussi les plateformes sur lesquelles elles sont publiées.

"La loi française leur impose, dès lors qu'ils ont connaissance de ce que ces messages sont imprimés sur leurs réseaux sociaux, de les masquer ou les enlever. Nous voulons faire en sorte que les grands réseaux sociaux améliorent très nettement le délai de réponse lorsque le signalement a été fait", a indiqué Édouard Philippe.

Jusqu'à 50 millions d'euros d'amende en Allemagne

Comment compte s’y prendre le gouvernement? Mounir Mahjoubi a donné une piste. Sur Europe 1, le secrétaire d’État au numérique a indiqué qu’en la matière, il serait bon de s’inspirer de l’Allemagne.

En juin dernier, le Bundestag a fait adopter une loi pour contraindre les réseaux sociaux à supprimer sous 24 heures tous types de propos haineux (insultes, appels à la violence ou propagande djihadiste). Et si ce délai n'est pas respecté, les hébergeurs risquent une amende pouvant atteindre 50 millions d’euros. La mesure ne concerne que les réseaux sociaux comptant plus de deux millions d’utilisateurs dans le pays, soit Twitter, Facebook, YouTube, Instagram.

Pour Mounir Mahjoubi, ces plateformes ont largement les moyens de repérer les propos haineux. "Elles sont prêtes à se mobiliser pour un téton apparent en quelques minutes et le faire supprimer, et moins sur un message de haine", a-t-il lancé faisant référence à Facebook qui supprime ou bloque des comptes pour la publication de nus artistiques.

Réclamer l'identité des agresseurs anonymes

Le Premier ministre compte aussi s’attaquer à l’anonymat des auteurs de propos haineux et de menaces. Selon lui, ils "doivent être recherchés s'il y a un dépôt de plainte (...) et il revient normalement à l'hébergeur de donner son adresse IP", a-t-il déclaré. Normalement?

Ces données sont stockées aux États-Unis sur des serveurs soumis à la législation américaine. Ainsi, les propos, aussi virulents soient-ils, sont protégés par le premier amendement qui assure une totale liberté d’expression. Et pour les plateformes, l’anonymat permet de protéger cette liberté et elles sont prêtes à en découdre pour se défendre, même face à l’administration américaine.

En juin dernier, les autorités américaines ont voulu obtenir l’identité de l'internaute caché derrière le compte ALTImmigration, qui milite pour la liberté de l’immigration aux États-Unis en l'accusant d'inciter à enfreindre la loi. Twitter ne s’est pas contenté de refuser de transmettre cette information. Appuyé par l’ACLU, l’association de protection des libertés civiles américaine, le réseau social a attaqué en justice quatre membres du gouvernement, le commissaire qui a ordonné la demande ainsi que les agents spéciaux qui l’ont signifiée.

Les plateformes comptent-elles utiliser ce mode de défense en France ou en Europe? "Il est hors de question que nous acceptions durablement que l'anonymat [...] puisse permettre de dire [...] des choses abominables en toute impunité. Rien n'est en dehors de la République", a martelé le Premier ministre.

Pascal Samama avec AFP