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Comment quatre satellites "pirates" ont été lancés sans aucune autorisation

C'est à bord d'une fusée indienne de l'agence spatiale indienne ISRO que les quatre satellites de Swarm Technologies ont été lancés.

C'est à bord d'une fusée indienne de l'agence spatiale indienne ISRO que les quatre satellites de Swarm Technologies ont été lancés. - ISRO

La start-up Swarm Technologies a mis sur orbite quatre satellites. Elle a passé outre le refus du régulateur américain qui reprochait à ses engins d'être trop petits, représentant un danger de collision pour les autres satellites. Une première infraction de taille dans l'espace...

L'espace n'est pas (encore) le Far West mais une jeune société californienne a enfreint les règles et les usages en vigueur dans le secteur du spatial. Swarm Technologies est accusée d'avoir lancé quatre satellites en janvier 2018, passant outre le refus que lui avait signifié en décembre 2017 le régulateur américain. L'agence fédérale FCC (Federal Communications Commission) lui avait dénié l'autorisation qu'elle avait sollicitée de lancer une multitude de satellites de télécommunications. Son projet consiste à mettre sur orbite une constellation d'engins capables de communiquer avec des stations au sol et des objets connectés sur des zones dépourvues de réseaux de télécoms terrestres.

Le problème vient du fait que ces mini-satellites (ils sont d'ailleurs baptisés Spacebees, les "abeilles de l'espace") ont été jugés par FCC de trop petite taille pour être correctement observés et pistés dans l'espace. En l'absence d'une supervision précise de leur trajectoire en orbite ils représentent un danger de collision une fois sur en orbite, même si Swarm Technologies avait anticipé ces critiques en intégrant un GPS et un réflecteur radar en leur sein. Le refus d'autorisation de la FCC aurait dû mettre fin au projet initial de la start-up californienne, sous sa forme actuelle.

Un lanceur indien a embarqué les 4 satellites "pirates"

C'est tout le contraire qui s'est passé. Quatre satellites de Swarm ont été mis sur orbite le 12 janvier 2018 par un lanceur indien via l’agence spatiale indienne ISRO et Antrix, sa filiale commerciale, révèle le site américain IEEE Spectrum. Ils ont été embarqués à bord de la fusée PSLV (Polar Satellite Launch Vehicle) qui emportait au total 31 satellites de différentes tailles. Pour son lancement, la start-up a aussi bénéficié du soutien de la société américaine, Spaceflight, qui a réservé pour ses 4 mini-satellites, le "voyage spatial" à l'intérieur de la fusée indienne. 

Plusieurs questions restent à ce stade sans réponse pour ce qui constitue une première infraction grave aux règles de bonne conduite et à la régulation en vigueur dans l'aérospatial. Pourquoi la start-up a-t-elle enfreint le refus de l'autorité américaine incarnée par la FCC, pour mettre sur orbite ses engins? Il pourrait s'agir d'un motif économique lié au fait que les satellites, déjà conçus et équipés, auraient représenté pour elle un poids économique trop lourd en restant au sol, inactifs.

Swarm Technologies veut lancer 4 nouveaux satellites

Comment se fait-il que ni les autorités indiennes, ni la société américaine Spaceflight qui a joué les intermédiaires, n'ont vérifié que Swarm Technologies n'avait aucune autorisation en bonne et due forme de la l'agence fédérale FCC ? Selon le site américain IEEE Spectrum, aucune de ces deux organisations n'a pu confirmer qu'elles avaient effectivement procédé à ces vérifications.

En attendant, la start-up américaine, cofondée par Sara Spangelo, passée par la Nasa et Google, a de la suite dans les idées. Swarm Technologies a planifié le lancement de quatre nouveaux satellites et sollicité une nouvelle demande d'autorisation auprès de la FCC. Celle-ci a, pour l'instant, refusé de lui accorder, selon le site d'information CNBC.com.

Frédéric Bergé