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Apple veut séduire les Indiens avec l'iPhone SE, mais ce n'est pas gagné

Le format 4 pouces n'est pas un succès pour les Indiens qui veulent des smartphones de grandes tailles, pas chers, d'une belle autonomie et dotés de double SIM.

Le format 4 pouces n'est pas un succès pour les Indiens qui veulent des smartphones de grandes tailles, pas chers, d'une belle autonomie et dotés de double SIM. - Sam Panthaki - AFP

"Pour relancer ses ventes d'iPhone, Apple compte beaucoup sur le marché indien. Mais, à en croire les experts locaux, le dernier-né de ses smartphones est trop cher, trop petit et même inadapté aux besoins des consommateurs de ce pays."

Aux États-Unis comme en France, l’iPhone est devenu un marché de renouvellement qui, s’il peut se maintenir, ne fera plus d’étincelles. Pour Apple, qui s’inquiète d’un recul des ventes de smartphones, la Chine et l’Inde restent en revanche les deux leviers à actionner pour faire grimper les ventes. 

Côté chinois, c'est en partie gagné. La deuxième économie de la planète est également le deuxième marché pour l’iPhone après les États-Unis. Et pour gagner cette bataille, Apple n’a pas hésité à revoir son modèle pour s’adapter à la "tech-culture" locale. C’est en partie pour séduire les Chinois que les iPhone grands formats ont été créés.

En Inde, le groupe californien espère faire aussi bien. Et pour cela, il a compressé le prix du dernier-né de la gamme, l'iPhone SE: 399 dollars hors taxes aux États-Unis. Ainsi que sa taille en actant le retour aux 4 pouces. Lors de la présentation du nouveau modèle, Greg Joswiak, l’un des vice-présidents d’Apple, a affirmé que le SE allait séduire les utilisateurs qui n’ont encore jamais eu d’iPhone.

Ce potentiel de séduction est confirmé par Anshul Gupta, directeur d'études au cabinet Gartner. Interrogé par Reuters, ce dernier assure que les ventes en Inde pourraient doubler pour atteindre 200 millions d'unités au cours des deux prochaines années. Tout va donc pour le mieux? Pas si sûr. Car tant le format que le prix ne répondent pas totalement aux besoins locaux. Sans compter quelques spécifications apparemment incontournables (autonomie de la batterie et double SIM) en Inde.

Les 4 pouces ne représentent que 10% des ventes

Neil Shah, directeur d'études au cabinet Counterpoint Technology Market Research, basé à Bombay, explique les particularités du marché indien. "Un grand nombre d'utilisateurs de smartphones préfèrent des écrans larges, car ils ne possèdent ni tablette ni ordinateur portable", indique ce spécialiste. Et de souligner que l’iPhone ne représente aujourd'hui que 2% des ventes. Conséquence: les smartphones offrant un écran de 4 pouces pèsent tout juste 10% des ventes de smartphones, ajoute Neil Shah.

Quant au prix, il pose un problème de nature différente. Il reste trop élevé pour ceux qui ne peuvent s’offrir un iPhone 6. Rappelons que selon une étude de WebPageFX, le prix d’un iPhone équivaut en Inde à près de 27% du salaire annuel moyen soit 10 fois plus qu'en France. Pour communiquer et se connecter, la majorité des Indiens privilégie des smartphones d’entrée de gamme nettement moins chers que l'iPhone SE. Toujours selon Counterpoint, 70% des smartphones achetés en Inde coûtent moins de 150 dollars (133 euros). "À environ 400 dollars, l'iPhone SE pourrait être encore hors de portée pour la plupart des acheteurs indiens."

"Un prix même bas ne garantit pas le succès"

Autre point délicat, l’image. Des analystes interrogés par Reuters craignent que le SE subisse le même sort que le 5c, le modèle de milieu de gamme lancé en 2013. Shaun Rein, fondateur du cabinet d'études China Market Research Group, basé à Shanghai, se souvient très bien de l’accueil de ce modèle: "Personne n’en voulait. Tout le monde savait que ceux qui l'achetaient n'avaient pas les moyens de s’offrir autre chose. Un prix plus bas ne garantit pas le succès."

Enfin, l’infrastructure télécom et électrique du marché indien impose quelques points sur lesquels la population indienne reste attachée, pas par plaisir, mais par nécessité. Même ceux d’entrée de gamme, les smartphones vendus en Inde disposent d’une batterie capable de faire face aux coupures d’électricité longues et fréquentes dans certaines régions. Sur ce point, même Apple reconnaît volontiers qu’il a des progrès à faire.

La double SIM reste incontournable en Inde

Pour conquérir l’Inde, Apple a négligé un autre point clé: la possibilité d'intégrer deux cartes SIM dans l'iPhone SE. Les consommateurs indiens sont très attachés à la possibilité d'avoir deux opérateurs sur un même appareil. Histoire de capter partout où ils se trouvent dans ce vaste pays, mais aussi de bénéficier de meilleurs tarifs pour, d'un côté, la téléphonie et de l'autre, le web mobile. Selon un rapport de Strategy Analytics, le phénomène s’étend d'ailleurs au reste du globe. Cette année, les appareils configurés pour accueillir deux cartes SIM pourraient représenter un tiers des ventes mondiales de smartphone, grâce à la Chine et à l’Inde.

Tous ces éléments risquent de plomber la stratégie indienne d’Apple. Les fabricants locaux surfent d'ores et déjà sur ces arguments pour proposer des iPhone killer surprenants, comme le Freedom 251 de Ringing Bells. Ce smartphone "Make in India" a été dévoilé quelques jours avant l'iPhone SE d’Apple. Son premier atout? Son prix: 1.500 roupies, soit 3,29 euros. Et si la presse indienne doute de ses performances, tout le monde s'accorde à dire qu’à un tel prix, il comblera des millions d’utilisateurs, même avec son format 4 pouces. Jamais Apple n’aurait pensé être un jour en compétition avec pareil concurrent.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco