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Nicolas Sarkozy joue les entremetteurs chez Lagardère

L’ancien président de la République va devenir administrateur du groupe lors de l’assemblée générale qui se tient mardi. Il est au cœur de la guerre entre Arnaud Lagardère et son premier actionnaire le fonds Amber. Et au carrefour des grands actionnaires que sont le Qatar et Vincent Bolloré et Marc Ladreit de Lacharrière.

Il est l’homme clé, incontournable et celui par qui la paix sera signée. Nicolas Sarkozy deviendra mardi administrateur du groupe Lagardère. C’est d’ailleurs la seule certitude de l’issue de cette assemblée générale explosive qui oppose Arnaud Lagardère à son premier actionnaire. Le fonds Amber, qui détient 18% du capital du groupe (et 14% des droits de vote, selon un décompte d'avril), demande la révocation de tout le conseil de surveillance du groupe pour évincer son patron à la fin de son mandat l’an prochain.

Coopté par Arnaud Lagardère, adoubé par le Qatar, Nicolas Sarkozy l’est aussi par Amber, preuve de son poids immense dans cette guerre multilatérale. L’ancien président de la République est proche de tous les protagonistes du dossier. Proche de Jean-Luc Lagardère dans les années 1990, il s’est lié d’amitié avec son fils Arnaud depuis vingt ans.

Amber cherche aussi à utiliser le "canal Sarkozy"

Le groupe Lagardère est devenu un concentré de ce que le capitalisme français produit de grandes fortunes qui s’affrontent pour étendre leur empire. Un monde des affaires où tout le monde se connaît et dans lequel Nicolas Sarkozy évolue comme un poisson dans l’eau. Il est d’abord très lié au Qatar, l’autre grand actionnaire de Lagardère qui détient 13% de son capital. Et surtout 20% des droits de vote qui pèseront très lourds lors de l’assemblée générale de mardi. Nicolas Sarkozy avait ouvert la porte de la France aux investissements qataris après son élection à l’Elysée en 2007. Il a conservé des liens très forts avec l’émirat. Il le côtoie depuis trois ans au conseil d’administration de l’hôtelier Accor dont le Qatar est actionnaire.

Preuve que le capitalisme de connivence bat son plein, Nicolas Sarkozy réussit même l’exploit de connaître des représentants d’Amber, le rival d’Arnaud Lagardère. Ou peut-être est-ce Amber qui a eu l’intelligence de choisir Patrick Sayer pour le représenter dans cette bataille? L’ancien patron d’Eurazeo a été longtemps administrateur d’Accor où il a fréquenté pendant deux ans Nicolas Sarkozy ainsi que l’autre grand acteur du dossier, le Qatar.

Quid de ses relations avec Marc Ladreit de la Charrière?

Mais l’ancien président de la République a déjà commencé à jouer les médiateurs en convaincant Arnaud Lagardère de laisser Vincent Bolloré racheter 10,6% du capital de Lagardère à travers Vivendi dont il détient 27%. Nicolas Sarkozy avait marqué les esprits quelques jours après son élection en mai 2007, en étant photographié sur le yacht de Vincent Bolloré. C’est un petit exploit car Arnaud Lagardère se méfie de Vincent Bolloré qui avait déjà tenté d’entrer chez Lagardère en 2015 en proposant à son patron de "travailler" ensemble. La caution morale de Nicolas Sarkozy semble avoir été déterminante.

Seule inconnue : la relation qu’il entretient avec Marc Ladreit de Lacharrière qui a racheté un peu plus de 3% de Lagardère à travers sa société personnelle Fimalac. A première vue, les deux hommes ne sont pas en bon terme depuis "l’affaire Fillon" déclenchée par un proche de Nicolas Sarkozy, Robert Bourgi. Marc Ladreit de Lacharrière a été condamné pour abus de bien sociaux et a reconnu avoir rémunéré de "manière excessive" Pénélope Fillon. Mais les deux hommes se croisent dans le monde des affaires. Ils siègent tous les deux aux conseils d’administration des casinos Barrière. Son patron Dominique Desseigne est un ami de Nicolas Sarkozy et a fait entrer Fimalac à ses côtés à 40% du capital en 2011. Marc Ladreit de Lacharrière a aussi racheté 8% de Lov, la société spécialisée dans la production télé de Stéphane Courbit qui a aussi ouvert son conseil d’administration à son ami… Nicolas Sarkozy.

Arnaud Lagardère doit renégocier ses dettes

Enfin, le nouvel homme fort de Lagardère se targue d’avoir des liens très forts avec Xavier Musca. Son ancien secrétaire général de l’Elysée occupe aujourd’hui le poste de numéro deux du Crédit Agricole, le principal créancier d’Arnaud Lagardère. Un point crucial alors que l’héritier de l’empire de Jean-Luc Lagardère croule sous 166 millions d’euros de dettes auprès de la banque française et n’a pas les moyens d’y faire face depuis qu’il a décidé de ne pas se verser de dividendes.

Au-delà des bras de fer qui se joueront avec Amber, le Qatar ou Vincent Bolloré, celui contre le Crédit Agricole sera le plus important. De la renégociation de ses dettes découlera sa capacité à continuer d’occuper une place de choix dans son empire.