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Nucléaire: Toshiba risque des charges phénoménales

Le groupe japonais plus que centenaire chute lourdement à la Bourse de Tokyo alors qu'il s'apprête à passer des dépréciations mirobolantes sur son activité nucléaire. La crédibilité du groupe et l'avenir de l'activité sont remis en question.

L'action du conglomérat industriel japonais Toshiba a encore chuté de 16% jeudi à la Bourse de Tokyo, les dépréciations sur ses activités nucléaires américaines étant susceptibles de dépasser quelque 6 milliards d'euros. Toshiba, dont l'action est même tombée à 212 yens en séance (-26,5%), n'évitera pas la plongée dans le rouge pour l'exercice s'achevant le 31 mars 2017, a écrit le quotidien Nikkei.

Le groupe, qui avait déjà déploré une perte de 483 milliards de yens en 2015/16, a indiqué dans un communiqué ne pas confirmer les sommes avancées.

Un géant déjà décrédibilisé

Le géant diversifié, déjà grandement décrédibilisé par un scandale de manipulation de comptes révélé en 2015, table toujours officiellement sur un confortable bénéfice net annuel de 145 milliards de yens (1,2 milliard d'euros). Mais ce chiffre peut d'ores et déjà être considéré comme caduc, d'où la fuite des actionnaires. La dégringolade cumulée de l'action depuis les premières informations en décembre sur ces dépréciations atteint ainsi 45%.

Toshiba avait en effet annoncé il y a quelques semaines qu'il devrait enregistrer une charge exceptionnelle de "plusieurs milliards de dollars" concernant Westinghouse, entité américaine de conception de centrales nucléaires. Il n'a pas encore déterminé le montant en question mais devrait le faire sous peu, après l'avis des commissaires aux comptes.

Les efforts du nouveau patron anéantis

Le groupe plus que centenaire subit les mauvais calculs de sa filiale qui a racheté fin 2015 la firme CB&I Stone & Webster, société qui agit dans le domaine de la construction d'installations atomiques, mais s'est rendu compte tardivement que les frais auxquels cette dernière devait faire face étaient bien supérieurs aux attentes. En cause, les coûts de construction de quatre tranches en Géorgie et en Caroline du Sud, projets attribués en 2008 à Westinghouse mais dont CB&I Stone & Wester (S&W) faisait aussi partie au sein d'un consortium. En acquérant cette firme, le but était pour Westinghouse de tout reprendre en main et d'élargir ses compétences.

Ces nouvelles déconvenues, que le patron de Toshiba Satoshi Tsunakawa n'avait visiblement pas vu venir, anéantissent tous les efforts qu'il avait entrepris depuis l'an passé. Elles font replonger Toshiba dans la tourmente au point que l'intégrité du groupe est en jeu. Plusieurs médias ont par ailleurs affirmé que, pour minimiser les dégâts, le géant industriel en crise allait se séparer d'actifs afin de renflouer ses caisses, à hauteur d'environ 300 milliards de yens.

Aucune date de publication des résultats

Le groupe n'a de plus toujours pas donné de date pour l'annonce des résultats financiers du troisième trimestre, qui en général sont présentés entre fin janvier et mi-février. Toshiba, dont l'action est placée sous surveillance à la Bourse de Tokyo, avait déjà plusieurs fois dû décaler la présentation de ses comptes trimestriels depuis 2015. Il a en effet été acculé à prendre davantage de précautions à la suite de la révélation de camouflage de pertes et autres tours de passe-passe touchant diverses activités entre 2008 et 2014.

La restructuration qui s'en est suivie devait produire ses effets positifs dès cette année comptable, un espoir qui, de l'aveu même du patron, appartient au passé et repose la question de la place de l'activité nucléaire au sein du groupe.

N.G. avec AFP