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La patronne d'Engie Isabelle Kocher débarquée, une direction intérimaire nommée

Une direction générale collégiale par intérim composée de Claire Waysand, Paulo Almirante et Judith Hartmann est mise en place.

C'était un secret de polichinelle mais c'est désormais officiel. Le conseil d'administration extraordinaire d'Engie réuni ce jeudi a décidé de ne pas renouveler le mandat de directrice générale d'Isabelle Kocher qui expire fin mai. Les représentants de l'Etat, premier actionnaire du groupe à hauteur de 24%, se sont prononcés contre, de quoi emporter la décision.

"Le conseil d'administration a considéré que l'approfondissement de la stratégie nécessitait un nouveau leadership. Il a décidé de ne pas proposer le renouvellement de ce mandat d'administrateur à l'occasion de la prochaine assemblée générale, ce qui mettra fin à ses fonctions de directrice générale", indique le groupe dans un communiqué.

Une direction générale collégiale par intérim est nommée, composée de Claire Waysand actuellement directrice générale-adjointe et secrétaire générale, Paulo Almirante et Judith Hartmann. En attendant la fin de la période de transition, le groupe "va engager immédiatement une recherche large d’un nouveau Directeur Général dans le cadre d’un processus répondant aux meilleurs standards de gouvernance".

L'Etat a mis son veto à ce que le président du conseil d'administration Jean-Pierre Clamadieu, dont les relations avec Isabelle Kocher étaient dégradées, cumule les fonctions de DG, même temporairement.

Psychodrame

C'est donc la fin d'un psychodrame qui dure maintenant depuis plus d'un an. L'Etat lui reproche d'avoir cédé des avoirs à un tarif jugé trop bas, dit-on de source proche du gouvernement, citée par Reuters. Mais Bercy s'est retrouvé face à une polémique étant donné qu'Isabelle Kocher est la seule femme à la tête d'une entreprise du CAC 40 et aurait donc décidé d'accorder du sursis à la dg.

"L'égalité femmes-hommes ne se résume pas au cas d'Engie, c'est un combat beaucoup plus important, beaucoup plus large", a dit Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie. "Je dis juste qu'il ne faut pas mélanger tous les sujets.". Bercy avait souligné que Isabelle Kocher serait jugée sur ses résultats et sur eux seuls.

Le départ prochain d'Isabelle Kocher ne constitue néanmoins pas une surprise: elle faisait face à l'hostilité d'une majorité d'administrateurs et n'avait pas réussi à obtenir le soutien de l'Etat. Elle souffrait d'un "problème de confiance" avec le conseil, selon une source proche du dossier.

"Pas la bonne personne"

Isabelle Kocher n'était pas "la bonne personne" pour poursuivre la transformation du groupe, juge son président Jean-Pierre Clamadieu dans un entretien publié jeudi soir sur le site internet des Echos. 

"Isabelle a conduit des réalisations très positives mais elle n'a pas réussi à démontrer qu'elle était la bonne personne pour approfondir la mise en oeuvre de cette transformation", explique le président du conseil d'administration.

"Nous reconnaissons qu'elle a été une très bonne initiatrice de la transformation de l'entreprise", ajoute le président. "Mais le conseil a jugé que nous avons pris du retard en quatre ans dans le domaine des activités de génération d'électricité et d'infrastructures gazières, qui représentent aujourd'hui 80 % de nos profits."

Virage stratégique

Isabelle Kocher a de son côté régulièrement estimé ces dernières années qu'elle était la cible de critiques en raison du virage stratégique qu'elle a fait prendre au groupe. Sous sa direction, Engie a procédé à quelque 15 milliards
d'euros de ventes d'actifs sur la période 2016-2018, principalement dans la production d'électricité à partir de charbon et dans l'amont pétrolier et gazier, et a donné la priorité aux énergies renouvelables, aux infrastructures gazières et aux services.

Elle a aussi ces derniers mois défendu son bilan financier, arguant que le virage stratégique avait permis de renouer avec la croissance et que le cours de Bourse avait commencé à rebondir.

"Je suis très motivée pour poursuivre ma mission", avait-elle encore déclaré il y a quelques jours en défendant son bilan dans le Journal du Dimanche. Elle avait reçu cette semaine le soutien public de personnalités politiques de tous horizons (Yannick Jadot, Xavier Bertrand, Anne Hidalgo, Cédric Villani, Pascal Canfin...).

OC